Ce billet a été publié il y a 8 mois 14 jours. Il est possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être obsolètes ou, à tout le moins, elles doivent être replacées dans le contexte où ce billet a été écrit.
« La haine, comme l’amour, se nourrit des plus petites choses, tout lui va »
Honoré de Balzac, Le Contrat de mariage
Le week-end dernier a donc été marqué par une polémique en tout point consternante initiée par Vincent Peillon suite à la venue de Ségolène Royal aux rencontres du courant « L’Espoir à Gauche » organisées à Dijon (Côte d’Or) et dont le thème était l’éducation.
Vincent Peillon, qui avait habitué ses amis à plus de subtilités, s’est répandu dans les médias (et continue à s’y répandre) en diverses amabilités sur Ségolène Royal qu’il a accusée de « venir abîmer un événement politique majeur. »
On le voit, la charge est sévère mais n’en demeure pas moins injuste et infondée.
Car si Vincent Peillon était aussi attaché qu’il le prétend à privilégier le fond des débats sur l’éducation et la réussite de cet « événement politique majeur », qu’avait-il donc besoin de s’en prendre ainsi à Ségolène Royal ?
En bon stratège politique, il aurait pu tout aussi bien considérer que la présence de la candidate socialiste aux dernières présidentielles pouvait favoriser la visibilité de ces rencontres.
Il aurait pu, de façon encore plus prosaïque, n’y accorder aucune espèce d’importance.
Mais il n’en a été rien été, et Vincent Peillon, par ses attaques outrancières contre Royal, a pris lui-même le risque de torpiller ces rencontres et de jeter encore davantage le trouble à gauche.
Ce faisant, il est particulièrement aisé de démontrer l’inanité des critiques de l’ex-lieutenant de Royal en raisonnant par l’exact contraire de ce qui s’est produit ce week-end.
Que n’aurait pas dit Peillon par exemple si Royal ne s’était pas rendue à Dijon ? Il aurait certainement eu beau jeu de dénoncer l’absence de la Dame du Poitou, de fustiger son arrogance et, dans un même élan, de souligner son désintérêt pour celles et ceux qui l’ont soutenue en 2007.
Nul doute alors que son indignation eût été aussi vive et que l’ensemble de la presse n’aurait pas manqué de la relayer.
Mais Ségolène Royal est venue… Et les critiques inélégantes de Peillon ont fusé. Sans surprise, celles-ci ont immédiatement déclenché les commentaires des faux culs habituels, plus prompts à taper sur Royal qu’à critiquer efficacement l’action de Nicolas Sarkozy à la tête du pays ou à analyser lucidement la situation actuelle du PS.
On le voit donc : que Ségolène Royal fasse quelque chose ou qu’elle s’en abstienne, ses actions et ses propos sont systématiquement scrutés à la loupe et évalués dans un climat de fascination obsessionnelle qui, décidément, semble être le point commun de tous ses (anciens et nouveaux) contempteurs, à gauche comme à droite.
Qu’on le veuille ou pas, Royal imprime donc le tempo, comme cela a été maintes fois observé. Elle sait habilement tirer profit de la vindicte irrationnelle dont elle fait l’objet, en se contentant de rappeler des choses au fond extrêmement simples, à savoir :
- qu’elle n’a besoin d’aucune invitation ou autorisation pour participer à des rencontres ouvertes à toute la gauche et à tous les progressistes, socialistes ou non ;
- qu’elle n’entend pas répondre à des attaques déplacées visant sa personne et non les propositions qu’elle défend ;
- et qu’elle refuse de se livrer à une surenchère dans les critiques, que ce soit à l’encontre de Peillon ou de n’importe quel autre socialiste.
Est-il besoin d’épiloguer outre mesure sur l’attitude de Peillon ? Ne serait-ce pas d’ailleurs donner trop d’ampleur à ce qui n’est, en définitive, qu’une vilaine mesquinerie dictée par une ambition mal contenue ?
Peillon, sans s’en rendre compte, vient d’élever la trahison politique au rang de la caricature, sans toutefois atteindre les sommets vertigineux auxquels est parvenu Eric Besson en rejoignant Nicolas Sarkozy en pleine campagne présidentielle. La violence verbale dont il fait preuve aujourd’hui à l’encontre de Royal ressemble même étrangement à du dépit amoureux.
Rappelons enfin ce que Vincent Peillon écrivait lui-même en janvier de cette année dans un communiqué (nous soulignons).
« Au Congrès de Reims, une puissante force de proposition et de rénovation s’est mise en mouvement. Notre motion, « l’Espoir à gauche, fiers d’être socialistes », est arrivée en tête lors du vote sur l’orientation politique, puis notre équipe, autour de Ségolène Royal, a rassemblé la moitié des suffrages militants. Ensemble, nous avons incarné un espoir de changement, un souffle nouveau qui n’a aucune raison de retomber une fois le congrès passé. Les très nombreux militants socialistes, les femmes et les hommes de gauche, qui nous ont fait confiance ne nous le pardonneraient pas. Ils attendent désormais de nous que nous maintenions et renforcions la volonté d’une transformation en profondeur du socialisme français, de sa doctrine, de son projet, de ses pratiques. Nous avons donc le devoir d’inscrire notre action dans la durée. Renforcer les liens qui nous unissent, mutualiser nos pratiques, approfondir nos réflexions : telles sont les tâches auxquelles nous allons désormais nous consacrer. Le site « L’espoir à gauche » est celui de toutes celles et de tous ceux qui veulent, avec nous, mener à bien ce travail. Vincent PEILLON »
Onze mois plus tard, que reste-t-il des bonnes intentions de Vincent Peillon ?
Pas grand-chose apparemment.


11 commentaires
Vincent Peillon s’est définitivement disqualifier à mes yeux et je n’accepte pas son leadership imposé sur EAG qui est à la base du rassemblement progressiste.
Son attaque outrancière était prémédite puisqu’il ne parle que de ça. Et de plus elle est définitive. Ce mec joue l’épreuve de force pour évincer Royal du mouvement:
http://la-loire-soutient-segolene-royal.over-blog.com/article-pourquoi-peillon-a-t-il-lance-l-offensive-anti-royal–39499656.html
Fraternité Royaliste.
Ce qui fait le plus mal, c’est qu’il a pu exercer son hold-up grâce à la complicité (involontaire, j’espère) des adhérents de Désirs d’Avenir qui se sont précipités pour le soutenir.
Voilà le genre d’individu qu’ils ont porté au pouvoir !
« une polémique en tout point consternante initiée par Vincent Peillon »
La fidèle supporter de Ségolène, Mel36, reconnait elle-même que Ségolène a tendu un traquenard à Peillon
http://www.lepost.fr/article/2009/11/15/1791576_ps-segolene-royal-reprend-la-main-en-se-payant-peillon_0_3005026.html
« les commentaires des faux culs habituels, plus prompts à taper sur Royal qu’à critiquer efficacement l’action de Nicolas Sarkozy à la tête du pays »
Que les « faux-culs habituels » des médias aient relayé la prise de bec de Dijon, de façon plutôt favorable à Peillon, n’implique pas nécessairement que tous les torts soient du côté de Peillon.
Par exemple certains médias habituellement faux-culs ont convenablement rendu compte de l’affaire Jean Sarkozy, et même du récent sketche « Sarkozy au Mur de Berlin ».
« Qu’on le veuille ou pas, Royal imprime donc le tempo, comme cela a été maintes fois observé. »
Dicter le tempo et trouver le tempo juste, sont choses fort différentes (« moi, quand je ne suis pas invité dans un endroit, je ne viens pas »).
A la vérité cela fait longtemps que je n’ai pas senti Ségolène « imprimer le tempo », là cela ressemblait à un coup de poker de la dernière chance.
« La violence verbale dont il fait preuve aujourd’hui à l’encontre de Royal ressemble même étrangement à du dépit amoureux. »
C’était vrai pour Besson, mais pour Peillon tu t’égares complètement.
Pour ce qui est de la « violence », les propos de Peillon ne m’ont pas choqué, j’ai vu quelqu’un qui parlait sans langue de bois, qui paraissait sincèrement excédé.
De l’autre côté j’ai vu Ségolène se draper dans une posture de victime, d’une façon qui m’a paru assez déplacée, surtout assez calculée.
« Onze mois plus tard, que reste-t-il des bonnes intentions de Vincent Peillon ? »
Peillon a fidèlement soutenu Ségolène après le congrès de Reims, avec une constance et une abnégation qui m’ont surpris à l’époque : quand d’autres (tel Valls) s’étaient empressés de prendre leurs distances. Et c’est Peillon que certains accablent maintenant de tous les noms j’hallucine.
Il ne faut pas oublier que pour Reims Ségolène était sensée rester « au frigo ». Beaucoup de monde alors imaginait bien Peillon à la tête du Parti… Là-dessus Royal se déclare candidate : Peillon s’est admirablement effacé, et l’a fidèlement soutenue, et longtemps après ce congrès de Reims.
Les bonnes intentions de Peillon étaient et sont toujours, de mettre à bas Sarkozy, de faire triompher la gauche (ou le « centre-gauche »…) en 2012. Cela n’a jamais été de pousser Royal coûte que coûte… Seuls les aveugles pensent et croient qu’elle est la bonne personne pour 2012 (ce ne seront pas seulement les militants PS qui voteront, ni même seulement les « sympathisants de gauche »). Peillon agit en conséquence, essaye de construire quelque chose. Sa phrase « Royal ne pourra pas nous faire gagner en 2012″ peut paraître d’une « violence inouie » pour certains : pour moi c’est l’expression de l’évidence, un cri du coeur. La visée de Peillon est d’intérêt général, avant d’être une « sournoise ambition personnelle » comme le répètent jusqu’à plus soif les fans de DA.
J’aime bien cette photo (trouvée sur le flickr de Rebsamen) :
http://farm4.static.flickr.com/3436/3902618609_6663d6051c_b.jpg
Pourquoi on ne voit pas Ségolène entourée comme ça, ou même pourquoi on ne la voit pas sur la photo ?
Le seul truc qui me chiffonne avec Peillon actuellement, c’est qu’il a une montre un peu sarkozyste. Personne n’est parfait.
PS. Bravo pour la citation de Balzac. Une autre :
« – Es-tu heureux, jeune Boniface, de voir le monde et ta maîtresse avec de pareilles lunettes vertes ! »
(« Modeste Mignon », LXIV).
@ Antennerelais
Recadrons les choses en rappelant qu’Espoir à Gauche regroupe celles et ceux qui, autour de Ségolène Royal (c’est pas moi qui le dis, Peillon l’a écrit en janvier dernier !), ont défendu les orientations de la motion E lors du dernier Congrès du PS en novembre 2008, lesquelles ont été purement et simplement ignorées malgré l’aval des militants et la pratique statutaire du Parti.
A ce titre, Ségolène Royal n’avait nul besoin de recevoir une quelconque invitation (depuis quand les membres d’un courant s’invitent-ils ?). Par ailleurs, bien que non membre d’EAG, mais de DA et du PS, j’ai reçu, moi aussi, une invitation pour participer à la réunion de Dijon (Newsletter n°4) sous le titre « Tous (sic !) à Dijon le 14 novembre! ».
Autant que je sache, il n’y avait pas écrit : « Tous (sic !) à Dijon le 14 novembre mais sans Ségolène Royal ! »
Dès lors, pourquoi aurais-je eu le droit de participer à une rencontre qui aurait été soi-disant fermée à notre chef de file ?
Je dis chef de file à dessein, étant entendu que L’Espoir à Gauche s’est fondé dans le but d’approfondir et de continuer les idées portées par Royal et ses soutiens au sein du PS (une fois de plus, je ne fais que rappeler la présentation faite par Peillon au début de cette année).
La réaction de Peillon est non seulement désobligeante à l’égard de Royal mais aussi à l’égard de celles et ceux qui étaient venus à Dijon en amis pour débattre (Robert Hue, Christiane Taubira, Jean-Luc Benhamias etc.) et qui ont été pris au dépourvu, par Peillon, lequel a créé une polémique stupide parce que totalement inutile et dangereuse.
Peillon a voulu préempter, de manière caricaturale, le travail de Ségolène Royal. Il espérait que Dijon soit l’acte fondateur de son reniement et de sa propre « émergence politique ». Sa précipitation et l’aigreur sidérante de ses propos le disqualifient aujourd’hui non seulement aux yeux de ses anciens amis mais aussi aux yeux de la vieille garde du PS qui se réjouit du pataquès produit (sachant que cette dernière ne lui accordera pas davantage de grâce… cf ce qui s’est passé lors de la constitution des listes aux européennes).
Pendant ce temps, et surtout depuis le Congrès de Reims, on évite ainsi de faire le bilan du PS et de faire des propositions alternatives à la politique de Sarkozy.
Pas besoin de te dire ce que j’en pense… Si, tu veux ? Bon ok :
Le fait est que le ps renvoie de lui-même une image déplorable de plus. La faute à qui ? Chacun se fera son avis sur la question, mais en ce qui me concerne la Royal en est la cause et Nicolas Sarkozy le bénéficiaire. Et c’est ça qui importe. Alors arrêtez de vous tapez dessus.
Si vous n’êtes plus d’accord entre vous, divorcez ne serait-ce que pour le bien des enfants (des militants).
@ Gabale
Je ne comprends pas bien ce que tu dis, j’ai l’impression de lire une langue de plomb.
C’est marrant mais ici comme Marc Vasseur tu te focalises sur cette histoire d’invitation. Tout le monde s’en fout ! Le problème principal est le suivant : comment pourra être mis à bas Sarkozy en 2012 ? Qui pourra lui être opposé ? Il apparaît à la plupart des gens (pas aux membres de DA sans doute) que la personne adaptée n’est pas (plus) Royal. J’y peux rien !
Comme je disais chez Marc Vasseur : « Je ne comprends pas tous ces coms de fans de DA. Votre but c’est que Ségolène soit présidente, et si c’est pas elle peu vous importe, Sarkozy ou un autre le monde peut crever ? »
(toi ça va tu restes mesuré, mais c’est hallucinant les outrances qu’on peut lire quand même)
PS. ça me semblerait pas mal que tu signales quelque part sur ton blog, « membre du PS et de DA » !
@antennerelais :
Que tu ne comprennes pas ce que dit Gabale est une chose, que tu ne veuilles surtout pas le comprendre en est une autre. Que tu considères que Royal n’est pas la personne susceptible de l’emporter, à la limite, cela te concerne et c’est loin d’être parole d’évangile. En revanche, quand tu parles du « comment » l’emporter, alors il me semble peu probable que cela puisse se faire avec les comportements à la Peillon qui commence par faire des exclusives.
Cette histoire d’invitation est loin d’être anodine, Peillon n’est que dans l’hypocrisie. Il veut bien des adhérents de DA mais pas de la personne autour de qui s’est constituée cette association. C’est tout simplement hallucinant d’avoir un tel comportement.
En politique, ils sont souvent nombreux à vouloir « tuer le père » ou en l’occurrence « la mère », mais malheureusement pour lui il s’est fait moucher publiquement. Comme un gamin de 7 ans qui vient de se prendre une fessée, il voue aux gémonies l’auteur de la sanction, ivre d’une rage à la hauteur de la douleur cuisant son postérieur. Cependant, ce qui est compréhensible chez un gamin de 7 ans devient ridicule chez un homme de 50 ans.
La remarque de Poum-Poum me paraît juste. Il est savoureux en effet de relever que l’effort de rassemblement, dont Peillon se prévaut, se manifeste par des exclusives ridicules à l’encontre de Royal ou de n’importe quel autre socialiste ou républicain progressiste.
Il n’a jamais été dans les intentions de Royal de « parader » ou de faire je ne sais quel show médiatique (c’est d’ailleurs le reproche tarte à la crème qu’on lui oppose chaque fois qu’il s’agit de lui intenter un procès en illégitimité).
D’ailleurs, qui parade depuis quelques jours dans les médias, qui court les radios et les chaînes de télévision si ce n’est Vincent Peillon ?
De même, j’observe que Royal n’a pas davantage exigé de faire un discours à Dijon, mais elle a rappelé, sobrement et fermement, qu’elle y avait toute sa place et qu’il n’appartenait certainement pas à Vincent Peillon de dire qui est le bienvenu et qui ne l’est pas.
Peillon, visiblement fébrile, a pris prétexte de la présence de Royal pour officialiser sa rupture afin de prendre son envol politique tout en espérant capter à son seul profit un courant qui s’est construit autour de Ségolène Royal et de celles et ceux qui ont défendu ses idées, lors des présidentielles et durant le Congrès de Reims.
Il s’agit tout simplement d’une trahison que Peillon tente aujourd’hui laborieusement de maquiller en instrumentalisant pour cela les participants à cette réunion.
J’entends aussi que Royal jouerait les victimes. Mais qui a été critiqué si ce n’est Royal ?
Ce n’est pas du parti pris, mais un constat : elle est objectivement la victime de l’ostracisme de Peillon qui, depuis quelques jours, passe son temps à lui prêter des intentions.
Et de façon plus nette encore : qui se victimise à longueur de journées sur les plateaux de radio et de TV en prétendant que le fond de la rencontre à Dijon a été soi-disant occulté par la présence de Ségolène Royal ? Peillon Vincent.
ta remarque sur « le dépit amoureux » m’apparaît très juste