Ce billet a été publié il y a 8 mois 18 jours. Il est possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être obsolètes ou, à tout le moins, elles doivent être replacées dans le contexte où ce billet a été écrit.
Si chaque village a son idiot et chaque famille son Averell, l’UMP, elle, a son Eric Raoult.
Depuis que l’olibrius est entré en politique, celui-ci ne manque jamais une occasion de culminer au zénith de la beaufitude, avec cette mine réjouie si caractéristique de l’imbécile heureux. En effet, Eric Raoult excelle dans l’art de débiter des idioties avec gravité.
Raoult, c’est un peu le tonton Marcel des tablées familiales du dimanche qui, entre deux blagues salaces, éructe contre les fonctionnaires-qui-foutent-rien, les immigrés qui-font-rien-qu’à-manger-le-pain-des-Français, les chômeurs qui-sont-que-des-feignasses.
En deux mots : un con.
Son dernier exploit en date : sa sortie contre le prix Goncourt 2009 Marie NDiaye qui avait fortement critiqué la France en mode sarkozyste et dont les propos avaient été publiés dans Les Inrockuptibles.
« Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l’écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants – ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j’ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c’est la mort.” Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus. »
Le député maire du Raincy (Seine Saint-Denis) s’est alors empressé de condamner ce passage de l’interview sur le ton de la vierge effarouchée :
« Ces propos d’une rare violence sont peu respectueux, voire insultants, à l’égard de ministres de la République et plus encore du chef de l’Etat. Le droit d’expression ne peut pas devenir un droit à l’insulte ou au règlement de compte personnel ».
Et d’estimer que les lauréats du prix Goncourt avaient un devoir de réserve, arguant du fait qu’une « personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions ».
Notre homme en a même appelé à l’arbitrage du Ministre de la culture qui, prudemment, a préféré botter en touche, considérant probablement qu’il avait suffisamment eu maille à partir avec les médias concernant ses propres turpitudes littéraires pour entrer ès qualités dans cette polémique.
On ne va pas plus épiloguer cent sept ans sur l’inanité du prétendu devoir de réserve de l’écrivain lauréat d’un prix (qui plus est attribué par une association sans but lucratif déclarée d’utilité publique portant le patronyme de deux écrivains réactionnaires), que sur le fond des propos de Marie NDiaye qu’elle a, elle-même, jugés très excessifs et qui ne sont pas si éloignés de ce que Yannick Noah a pu déclarer au sujet de Sarkozy et de la bande du Fouquet’s.
On se contentera simplement d’observer que nous ne sommes pas sous la Restauration, régime durant lequel le ministère des Belles Lettres et des Arts octroyait des pensions aux écrivains et artistes complaisants à l’égard du Roi.
De même, la France est encore une démocratie et une République et chacun, anonyme ou personnage connu, a le droit inaliénable de critiquer les pouvoirs publics.
Il n’empêche cependant que les propos de Raoult sont, de toute évidence, très inquiétants, car avec le balourd du Raincy, nous avons incontestablement franchi une étape supplémentaire dans l’atteinte potentielle à la liberté d’expression dans notre pays.
En fait, ce qu’il faut retenir, c’est que Raoult apparait chaque fois que le fascisme essaie de se présenter sous le costume de la respectabilité.
A ce titre, il ne paraît pas inutile de rappeler la participation de l’élu du Raincy à l’émission politique Ripostes sur France 5 (aujourd’hui disparue) en date du 26 novembre 2006. Raoult y était convié avec la vedette du jour : Jean-Marie Le Pen.
Une émission étrange à la vérité et qui prend aujourd’hui une dimension particulière à la lumière de la polémique relative aux propos de Marie NDiaye.
Lors de cette émission, on avait interrogé le vieux leader frontiste sur le sentiment que Nicolas Sarkozy, à l’époque ministre de l’intérieur, lui inspirait. Le Pen s’était curieusement montré très prévenant, admettant que l’intéressé n’était après tout pas si mal.
Face à de si bonnes dispositions à l’égard de son petit mentor à talonnettes, Eric Raoult rendit la politesse au président du Front National en lui concédant ses très bonnes idées mais lui objectant, sur un ton onctueux, qu’il valait mieux gagner avec Sarkozy que perdre avec Le Pen.
Cette remarque de Raoult n’était hélas pas innocente même s’il y a fort à parier qu’il n’avait pas mesuré, sur le moment même, l’ampleur de l’aveu.
On rappellera à ce titre que Bruno Mégret, ancien délégué général du FN, avait indiqué, dans le journal d’extrême droite Présent du 16 juin 1990, vouloir mener et gagner la bataille du vocabulaire :
« Notre stratégie de conquête du pouvoir passe par une bataille du vocabulaire [...] Lorsqu’ils parlent d’ “identité” [...] les hommes de la rue, journalistes et politiciens entrent dans [...] notre champ lexical »
Comme en écho aux propos de Mégret, Raoult ajouta alors en s’adressant à Le Pen rompu au maniement de l’imparfait du subjonctif et de l’imparfait du subjectif :
« Je préfèrerais vous voir à l’Académie française qu’à l’Elysée. » (sic !)
Ranger Le Pen parmi les grabataires du Quai Conti et, trois ans plus tard, en appeler au devoir de réserve des écrivains primés quand ces derniers ne tiennent pas leur langue et critiquent la France, on voit que Raoult a non seulement de la réserve dans le registre de la connerie dès lors qu’il s’agit de causer culture, mais qu’il a aussi singulièrement redonné une actualité à la stratégie lexicale du FN.
En 2007, l’UMP s’inquiétait de la fuite des cerveaux. En 2009, le parti présidentiel serait bien inspiré de se préoccuper des fuites du cerveau de Raoult.
Félicitations donc à Eric Raoult : il a bien mérité le prix Gros Con 2009.


5 commentaires
arf ! arf !
Ce que c’est de ne pas surveiller ces liens… Résultat, on a du retard. Merci !
De rien. C’est avec plaisir. Ton billet était très bon.