Ce billet a été publié il y a 9 mois . Il est possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être obsolètes ou, à tout le moins, elles doivent être replacées dans le contexte où ce billet a été écrit.
Ebranlé par l’affaire Jean Sarkozy, le président de la République devait absolument reprendre la main pour essayer de sauvegarder les miettes de crédibilité qui lui restent dans l’opinion.
Il a cru pouvoir le faire, dans le courant de cette semaine, dans le domaine de l’agriculture en se livrant à son passe temps favori : l’effet d’annonce au moyen d’un discours parsemé de belles promesses, prononcé sur le terrain, devant une assistance triée sur le volet.
Bien mal lui en a pris car l’exercice s’est retourné contre lui d’une façon spectaculaire, démontrant, une fois de plus, le cynisme et la redoutable incompétence du personnage.
Un discours vieux, creux et inquiétant et de surcroît déjà entendu
Le discours du président de la République se voulait novateur, volontariste et rassurant. Il s’est révélé tout le contraire : vieux, creux et inquiétant. De surcroît, Nicolas Sarkozy a répété, mot pour mot, ce qu’il avait dit il y a dix mois. Le journaliste Yann Barthes, de la chaîne de télévision Canal +, a ainsi dévoilé la supercherie élyséenne.
Depuis lors, le président de la République, devenu la risée des Français et accessoirement du web, ne décolère pas contre le journaliste de Canal + qui a coupé net ses élans. Démasqué, Nicolas Sarkozy est apparu pour ce qu’il est : un bonimenteur de la pire espèce et un dilettante qui ne relit jamais ses discours avant de les prononcer en public. S’il l’avait fait, il aurait peut-être demandé à ses collaborateurs un discours qui ne soit pas un vulgaire copié collé qui fait jaser la France entière.
Sarkozy aurait dû pourtant se souvenir qu’il est toujours utile de relire ses discours (cf. son discours raciste prononcé en juillet 2007 à Dakar sur l’homme africain « pas suffisamment rentré dans l’histoire » ou encore son discours calotin prononcé en décembre 2007 au Latran sur « l’instituteur qui ne vaudra jamais le pasteur ou le curé »).
En fait, il n’y a rien d’étonnant à cela : en réalité, Sarkozy travaille beaucoup moins qu’il ne le prétend.
Des mesures chiffrées qui traduisent l’incohérence des pouvoirs publics
Le discours de Nicolas Sarkozy a montré à quel point sa politique souffrait d’un manque flagrant de cohérence, de vision et de stratégie.
Après avoir pompeusement déclaré qu’il n’était pas venu annoncer un plan de subventions contraire aux règles européennes, qu’il s’agirait de rembourser à court terme, le président de la République a dit exactement le contraire !
C’est ainsi qu’il a annoncé un milliard d’euros de prêts bonifiés au secteur agricole dont on sait qu’il est déjà largement surendetté.
Dans sa lancée, Nicolas Sarkozy a également promis des subventions pour compenser partiellement, d’une part, les effets néfastes de sa propre politique sur les franchises médicales, et d’autre part, la taxe sur le Foncier non bâti.
Il a aussi annoncé un remboursement partiel de la taxe intérieure de consommation sur les produits pétrolier, de la taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel et de la future taxe carbone. Ce qui représente environ 650 millions d’euros d’allègement de charges sur deux ans.
Des mesures qui brouillent encore plus l’image que les Français se font des agriculteurs
Visiblement, le président de la République n’a toujours pas compris que ce que veulent les agriculteurs français, c’est vivre de leur travail et non pas de subsides accordés par l’Etat ou l’Union européenne.
Les agriculteurs souffrent en effet d’être exclus d’un corps social qui les accuse de se plaindre parce qu’ils sont soutenus par l’argent du contribuable. De nombreux citoyens ne comprennent pas les problèmes de l’agriculture française car ils ne voient, dans les faits, que les compensations et les montants financiers gigantesques alloués au à ce secteur.
Nicolas Sarkozy, en bon démagogue, a donc pris le risque politique de déconsidérer un peu plus l’image des paysans aux yeux d’un grand nombre de Français. Alors qu’il n’a eu de cesse de fustiger la politique d’assistanat généralisé, Sarkozy fait exactement le contraire vis-à-vis des agriculteurs.
Comme à son habitude, le président de la République s’est défaussé sur l’Union européenne en exhortant Bruxelles à prendre des mesures contre la spéculation boursière sur les marchés des matières premières.
Le propos est vague, le ton inquisiteur, mais Nicolas Sarkozy s’est bien gardé d’accompagner son message à l’Europe de mesures concrètes. L’essentiel, pour lui, est de brasser du vent et de faire oublier que l’actuelle gabegie néolibérale, dans le secteur agricole, est précisément encouragée par la Commission européenne présidée par son ami Manuel Barroso (dont il avait soutenu la réélection il y a quelques mois).
Silence radio sur les méfaits de l’agriculture essentiellement productiviste qui profite aux gros exploitants subventionnés
On retiendra que Nicolas Sarkozy n’a pipé mot sur les méfaits d’une agriculture essentiellement productiviste. Ce type d’agriculture incite les paysans à la surproduction de denrées médiocres pour faire baisser les prix. Nicolas Sarkozy a toujours encouragé les agriculteurs à faire porter leurs efforts sur la rentabilité quantitative au détriment de l’efficacité qualitative.
Ce système est aujourd’hui à bout de souffle car, précisément, les agriculteurs ne peuvent plus vivre de cet effort. Et les consommateurs ne s’y retrouvent pas non plus. D’un côté, les petits producteurs voient les prix s’effondrer. De l’autre, les consommateurs se heurtent à l’augmentation continuelle des prix.
Où va donc l’argent ?
- Chez les grosses exploitations agricoles qui parviennent à compenser la baisse des prix à la production en produisant toujours plus, ce qui a pour effet d’étrangler financièrement les petites exploitations agricoles qui n’ont pas la capacité structurelle d’y faire face ; ces grosses exploitations sont d’ailleurs grassement subventionnées. On rappellera, par exemple, que le prince de Monaco touche chaque année des centaines de milliers d’euros de subventions pour ses milliers d’hectares de culture intensive qu’il possède dans le département de l’Aisne.

On remarquera en outre qu’aucun exploitant agricole ne figure dans la liste des 20 principaux bénéficiaires de la politique agricole commune. Les plus grosses subventions sont allouées à d’importantes coopératives, à des associations caritatives, à l’industrie agroalimentaire.

- Chez les centrales d’achats et les enseignes de grande distributions qui font de grandes marges bénéficiaires à la fois sur le dos des agriculteurs et des consommateurs.
- Chez tous les métiers qui paradoxalement vivent de l’agriculture mieux que les agriculteurs eux-mêmes (producteurs d’engrais, d’organismes génétiquement modifiés, coopératives, secteur de la grande distribution, etc.) et qui bénéficient de la complicité du système de cogestion existant entre le syndicat de droite FNSEA (aux mains des gros exploitants agricoles) et le gouvernement UMP.
Cette agriculture productiviste a pour objectif de faire disparaître les exploitations familiales au profit de grandes unités qui fournissent aux consommateurs des produits médiocres et coûteux.
Nicolas Sarkozy prend donc les agriculteurs pour des cons. Après tout, au salon de l’agriculture, il les avait déjà prévenus.


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