Ce billet a été publié il y a 10 mois 21 jours. Il est possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être obsolètes ou, à tout le moins, elles doivent être replacées dans le contexte où ce billet a été écrit.
La potentielle désignation de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD n’en finit pas de susciter l’indignation.
Comment peut-on imaginer sérieusement confier la gestion du plus grand centre d’affaires européen à un jeune homme de 23 ans, même relooké, sans diplôme de l’enseignement supérieur, sans expérience professionnelle et sans accomplissement personnel autre que d’avoir épousé l’héritière de l’empire Darty et d’avoir été élu dans un canton imperdable des Hauts-de-Seine ? Peut-on faire confiance à un jeune homme cornaqué par les époux Balkany ?
La probable nomination de Jean Sarkozy à ce poste est d’autant plus indéfendable et scandaleuse qu’elle contredit entièrement les promesses de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007.
De surcroît, elle souligne les profonds dysfonctionnements du pays où, chaque année, des centaines de milliers de jeunes diplômés ne parviennent pas à s’insérer sur le marché du travail, enchaînent petits boulots, contrats de stage foireux, et finalement, ne peuvent s’installer correctement dans la vie parce qu’ils vivent dans l’insécurité économique et sociale permanente.
Aujourd’hui, même pour exercer des fonctions relativement peu valorisantes, il faut bien souvent avoir plusieurs diplômes d’études supérieures.
Les concours de la fonction publique sont par exemple totalement inadaptés à la réalité des fonctions proposées. Pour réussir des concours de catégories B ou C, c’est à se demander parfois s’il ne faut pas sortir d’une grande école. Il n’est pas rare que les administrations nationales ou territoriales soient peuplées de jeunes hyper diplômés se retrouvant à des postes subalternes et sous l’autorité de chefs de service ayant à peine le baccalauréat, avec toute la frustration que cela peut provoquer.
Mais il n’y a pas que la fonction publique, bien évidemment.
Pour postuler avec des chances sérieuses dans une entreprise privée ou publique, tout le monde sait que les employeurs exigent souvent des CV à rallonge, des diplômes certes, mais aussi des expériences professionnelles nombreuses et variés, des connaissances linguistiques, bref tout un ensemble de conditions draconiennes qui restreignent considérablement les possibilités d’embauche. Il n’y a qu’à lire les offres d’emplois pour s’en rendre compte. L’obtention d’un contrat de travail s’apparente souvent à une quête du Graal.
Or, Jean Sarkozy est totalement en dehors de ce système de précarité économique et sociale parce qu’il est le fils du président de la République.

On me rétorquera peut-être qu’il n’est pas le seul à bénéficier d’avantages dus à la naissance. En effet, la France compte beaucoup de « fils et filles de » qui, dans la société civile ou dans le corps politique, ont effectué de mirobolantes carrières. C’est certain. La République n’est jamais totalement parvenue à éradiquer certaines scories de l’Ancien Régime.
Mais au fond, l’argument est inopérant.
Par exemple, on rappellera que Roselyne Bachelot est docteur d’Etat en pharmacie, Jean-Paul Alduy et Nathalie Kosciusko-Morizet sont polytechniciens, Jean-Noël Jeanneney est professeur agrégé des universités, Jean-Louis et Bernard Debré sont respectivement magistrat et professeur de médecine, Martine Aubry est énarque, etc. La liste n’est évidemment pas exhaustive.
Quoi que l’on pense d’eux, tous ces enfants de politiciens ont quand même des bagages, des métiers à la base ; tous ont accumulé des expériences, pour pouvoir exercer des fonctions importantes.
Certes, le pédigrée ne fait pas tout. On peut rappeler ici que feux Pierre Bérégovoy et René Monory étaient respectivement tourneur fraiseur et garagiste. Cela ne les a pas empêchés de devenir des hommes politiques de premier plan et d’occuper des fonctions prestigieuses. Mais qui aurait la prétention d’affirmer aujourd’hui qu’à 20 ans, ces deux personnalités éminentes auraient pu envisager sérieusement d’occuper un poste comparable à celui que brigue Jean Sarkozy ? Personne.
Jean Sarkozy n’est donc absolument pas dans ces cas de figure. Son seul acquis est bien sa filiation mentionnée dans son extrait d’acte de naissance. C’est maigre, reconnaissons-le, et ça n’est assurément pas un critère objectif de compétence.
En faisant à nouveau irruption brutalement sur la scène politique avec des ambitions totalement disproportionnées par rapport à ses compétences réelles, Jean Sarkozy renvoie donc aux citoyens l’image d’une société française sclérosée et minée par les inégalités et l’arbitraire, où plus rien n’a vraiment de valeur parce que l’ascenseur social ne fonctionne quasiment plus.
Jean Sarkozy est donc bien le résultat d’une triste époque et si Patrick Devedjian rappelle, en paraphrasant Le Cid de Corneille, que « la valeur n’attend point le nombre des années », le cas du rejeton présidentiel nous montre aussi que « valeur » et « mérite » sont aujourd’hui des notions bien différentes.


3 commentaires
Excellent !