L’image du petit président

Gabale septembre 27, 2009 Politeia
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En marge du sommet du G20 de Pittsburgh (Etats-Unis), Nicolas Sarkozy s’est exprimé avec condescendance sur la polémique suscitée par ses propos sur les « coupables » de l’affaire Clearstream :

« J’ai travaillé jour et nuit toute cette semaine et je n’ai pas eu le temps de suivre tous les aspects de cette polémique certainement passionnante et que je retrouverai en retournant à Paris, a ironisé le chef de l’État. Honnêtement, j’ai été bien occupé ici par des dossiers extrêmement lourds. Je n’ai pas pu suivre toutes les péripéties de toute cette actualité qui, j’en suis sûr, sont passionnantes. »

L’esquive est aussi facile que dérisoire. On voit que l’hypo président tente désespérément de s’accrocher à l’image de l’hyper président sans peur et sans reproche qui travaille et qui s’occupe de choses sérieuses.

Pourquoi Nicolas Sarkozy s’est-il alors abaissé à ce genre de propos ?  Car ceux-ci sont graves et posent des problèmes d’ordre juridique (présomption d’innocence) et constitutionnel (séparation des pouvoirs) majeurs, qu’il ne peut balayer d’un revers de main dédaigneux.

A force de papillonner de dossier en dossier, le président de la République a perdu tout sens de la mesure. Il apparaît même de plus en plus organiquement apparenté à sa caricature d’excité.

Quatre organisations d’avocats, dont le Syndicat des avocats de France (SAF), ont d’ailleurs fait part vendredi 25 septembre de leur émotion après les propos de Nicolas Sarkozy concernant le procès Clearstream. Ils ont estimé que la confusion entre  « coupables » et « prévenus » constitue une négation du principe fondateur de toute démocratie.

En effet, l’article 9 de La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, qui fait partie intégrante du bloc de constitutionnalité, énonce que :

« Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi. »

Il faut donc croire que ce texte fondateur de notre démocratie relève, pour le Monarque, du registre polémique.

Faut-il encore s’en étonner ? Non. C’est la raison pour laquelle un petit retour en arrière s’impose, loin des inextricables méandres de l’affaire Clearstream.

Si Sarkozy tente de chasser le naturel, celui-ci revient toujours au galop.

Il y a très exactement un an, Nicolas Sarkozy avait été en effet capable de prendre la pose sur la scène internationale en se présentant comme le sauveur du système économique et financier mondial et, quelques jours plus tard, de porter plainte pour obtenir en vain le retrait d’une poupée vaudoue à son effigie au nom de son droit à l’image .

Le contraste entre l’essentiel et le futile avait été tellement saisissant que beaucoup se sont demandés si l’on n’était pas en train d’assister à une grave dérive du pouvoir exécutif dans notre pays.

C’est qu’il ne faut pas prendre à la légère l’appétit présidentiel pour le dérisoire et le futile, pour le fugace et le spectacle, pour l’exhibition de soi-même et le sens grandiose du moi, car Nicolas Sarkozy, placé au sommet de l’Etat et jouissant de ce fait d’une immunité juridictionnelle quasi-absolue , est devenu un procédurier agressif.

Sarkozy ne supporte pas que les citoyens et les acteurs économiques lui renvoient en pleine figure une image qui ne correspond pas à celle qu’il a essayé de leur vendre. Quand il ne peut instrumentaliser avantageusement son image, et qu’il se rend compte qu’elle lui échappe pour nourrir la colère légitime des citoyens ou pour les faire rire, il invoque alors un droit de propriété intellectuelle sur elle.

Nicolas Sarkozy est attaché obsessionnellement à son image qu’il essaie de maîtriser dans les moindres détails. Or, le dérisoire, à force de répétitions, ne peut qu’engendrer la dérision. Sarkozy semble toujours ne pas l’avoir compris, lui qui assurait pourtant avoir changé.

La « modernité sarkozyste » apparaît donc comme un discours de western derrière lequel il n’y a rien pour reprendre la formule de Cécilia, l’ancienne épouse de Nicolas Sarkozy. C’est cette force rétrograde qui oeuvre pour que la France renoue avec les vieilles pratiques des années 70 que l’on croyait à jamais révolues.

On rappellera que, lors du fameux procès contre la poupée vaudoue, l’avocat du chef de l’Etat, Maître Thierry Herzog, avait demandé au président du Tribunal de Grande Instance de Paris, saisi en qualité de juge des référés, le retrait de la poupée vaudoue, en rappelant que Nicolas Sarkozy avait, quel que soit son statut, un droit à l’image absolu et exclusif. Et de rappeler au juge, à l’appui de sa requête, qu’en 1970, le président Georges Pompidou avait obtenu de la justice le retrait d’une publicité où il était associé à une marque de moteur de bateau, et qu’en 1976, la justice avait fait de même pour Valéry Giscard d’Estaing au sujet d’un jeu de cartes à son effigie.

La jurisprudence Pompidou et Giscard invoquée au secours de Nicolas Sarkozy… C’est effectivement d’une modernité ébouriffante.

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