Dans l’attente du déclic

Gabale juillet 27, 2010 3615 My Life

Vindica te tibi

Je me suis souvent demandé ce qui pouvait bien me motiver à écrire un blog plus ou moins quotidiennement.

Et j’avoue qu’il m’arrive quelques fois d’être effrayé par le temps que j’y consacre alors qu’il n’y a aucune contrepartie attachée à l’exercice.

Je n’en vis pas et le fait que je le tienne anonymement signifie d’ailleurs que je n’en attends aucune reconnaissance particulière.

Sans doute la motivation première est-elle à rechercher dans le simple plaisir d’écrire et de livrer unilatéralement une opinion sur tout un ensemble de sujets d’actualité.

Il est rare que je me livre à des confidences plus intimes, même si cela est déjà arrivé. Mais je doute vraiment que cela puisse présenter un intérêt particulier pour ceux qui me lisent.

Mais je cède, une fois de plus, à cette tentation.

Un de mes amis me disait récemment : « Tu devrais écrire un livre. »

Combien de fois ai-je entendu ce conseil ?

Mais pour écrire quoi au juste qui n’ait été déjà publié sous une forme ou sous une autre ?

Un roman, un essai, des nouvelles, de la poésie ?…

Je me souviens du jeune Victor Hugo qui avait écrit sur son cahier d’écolier : « Je veux être Châteaubriand ou rien. »

Il n’est certes pas devenu Châteaubriand. Juste l’un des plus grands génies de la littérature mondiale.

Au risque de passer pour un imbécile prétentieux, et de soutenir une comparaison absolument déplacée, je dois néanmoins confesser que je partage l’alternative hugolienne.

Sauf que je me range évidemment du côté du Rien avec un grand « R ».

Ce que je veux dire, c’est que je n’ai pas ce déclic qui me permettrait de m’affranchir de la tyrannie des modèles inaccessibles de la littérature.

J’envie l’inconscience de ces écrivains à la mode que l’on voit sur les plateaux de télévision et qui ont cette facilité de s’extasier devant les conneries qu’ils peuvent coucher sur le papier.

Je ne doute pas que certains d’entre eux soient excellents. Et que cette excellence doive aussi beaucoup aux plans marketings de leurs éditeurs.

Ils ont en tout cas un talent que je n’ai pas, peut-être parce qu’ils ne s’embarrassent pas de références datées.

Un autre ami me disait aussi : « Tu devrais faire de la politique. »

Là aussi, combien de fois ai-je entendu cette suggestion ?

Mais la velléité qui me travaille est la même…

J’étouffe sous le poids des modèles, des parcours, des moments historiques, comme si j’étais aussi trop conscient des responsabilités attachées à ce type d’engagement.

Je  sais en outre que j’ai une sensibilité à fleur de peau qui me fait craindre tout investissement personnel dans un domaine fait d’affrontements passionnés où, souvent, tous les coups sont permis.

C’est probablement pour cette raison que j’admire ces élus, locaux ou nationaux, qui évoluent avec plus ou moins de légèreté dans le marigot politique, avec ce sens du service et cette abnégation qui se conjuguent parfois avec des capacités manoeuvrières hors de ma portée.

J'ai été ce que tu es. Tu seras ce que je suis.

J’associe à toutes ces incapacités un sens aigu de la brièveté des choses et toujours cette absence de déclic.

« Scio vitam esse brevem » (je sais que la vie est courte) comme le disaient les latins.

En écrivant ces quelques lignes, je repense en même temps à cet extrait d’une lettre de Sénèque à Lucilius :

« Persuade-toi que la chose est comme je te l’écris : certains instants nous sont arrachés, d’autres nous sont subtilisés, d’autres coulent entre nos doigts. Or la plus honteuse perte est celle qui se fait par négligence. Et si tu veux bien y faire attention, une part considérable de la vie se passe à mal faire, la plus grande à ne rien faire, toute la vie à faire autre chose [...] Car nous nous trompons dans le fait de voir la mort devant nous : la plus grande part en est déjà passée ; tout ce qui dans notre existence est derrière nous, la mort le détient. Fais donc, mon cher Lucilius, ce que tu m’écris que tu fais, prends toutes les heures à bras-le-corps ; ainsi tu dépendras moins de demain, si tu as la mainmise sur aujourd’hui. »

Dans l’attente de ce déclic ou de l’opportunité qui le déclenchera, peut-être que le fait de bloguer témoigne au fond de cette perte de temps qui consiste paradoxalement à prendre toutes les heures à bras-le-corps afin de conserver une mainmise sur chaque jour qui passe et de tenter de comprendre le monde qui m’entoure.

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Un commentaire

  1. Kamizole dit :

    Que la vie soit brève est une évidence. J’ai même constaté qu’à chaque décennie que nous franchissons le rythme s’accélère et s’en est proprement effrayant depuis que j’ai dépassé 60 ans ! Les jours, les semaines, les mois et les saisons filent comme l’éclair. J’avoue que je procrastine, je serais comptable du temps ainsi perdu.

    Beaucoup de questions dans cet article. Je tiens un blog parce que j’aime écrire et que depuis au moins 40 ans, j’ai eu l’habitude de noter beaucoup de choses. Je ne parle pas de mon journal d’adolescente, absolument ridicule ! Des impressions, des réactions à des événements personnels ou à des sujets d’actualité. Surtout politiques.

    J’ai commis deux romans, destinés à rester dans des cartons. Mais cela m’a procuré beaucoup de plaisir, ne serait-ce que s’apercevoir que des personnages peuvent nous entraîner sur des pistes où l’on ne veut pas s’engager ! Et découvrir que je pouvais me lancer dans la fiction, imaginer personnages et situations, ce dont j’étais persuadée être incapable.

    Quant aux livres sérieux, du style essais, j’ai suffisamment conscience de ma valeur et surtout de mes limites que je n’en nourris même pas la prétention. Il y a bien trop de personnes autrement cultivées avec lesquelles je serais ridicule de penser me mesurer. Quand bien même parmi toute la masse qui s’édite y aurait-il certains qui devraient sans doute s’abstenir mais profitent de relations dans le milieu de l’édition et du tambourinage médiatique.

    Je suis une militante de base et n’ai jamais eu la moindre ambition d’occuper quelque fonction que ce fût. J’ai toujours eu horreur des situations de pouvoir ou même de devoir donner des ordres. Cela m’est bien sûr arrivé quand j’étais infirmière mais comme c’est un travail d’équipe c’est relativement différent. Je n’aurais jamais choisi d’être surveillante !

    Il m’est quand même arrivé d’assumer des responsabilités dans des mouvements politiques ou des associations. Parce que c’était nécessaire et utile à l’objectif poursuivi mais je n’ai jamais eu l’impression que cela me donnait quelque pouvoir sur les autres. Plutôt des devoirs.

    En politique, je déteste encore plus les magouilles. J’ai conservé de mes années militantes post-soixante-huitarde un nez « spécial magouilles »… Je les repère de très loin et cela m’insupporte toujours autant ! Une personne qui magouille est définitivement cuite dan mon estime.

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