
Santini et Sarko en 2007
La partie de chaises musicales qui semble se dessiner entre André Santini, Frédéric Lefèbvre et les Sarkozy père et fils a remis sur le devant de la scène le projet de « Grand Paris ».
Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, le « Grand Paris » est un projet qui a pour ambition de permettre à Paris de s’inscrire dans le XXIe siècle, en associant économie, urbanisme, culture et environnement dans des projets impliquant les collectivités territoriales.
Ce projet passe par un certain nombre de réalisations telles qu’un métro automatique de 130 kilomètres autour de la capitale qui mettra en réseau les aéroports et les gares TGV avec une dizaine de pôles de développement alliant recherche, innovation et entreprises.
C’est aussi un urbanisme nouveau qui aura pour but de réduire l’étalement urbain et, paraît-il, de régler la question des banlieues.
C’est enfin un projet qui a un coût pharaonique (plus de 20 milliards d’euros, soit quasiment le trou de la sécurité sociale).
En d’autres termes, le « Grand Paris », c’est le culte de la Capitale toute puissante autour de laquelle tout doit obligatoirement graviter.
C’est la forme modernisée du Domaine royal qui, progressivement au fil des siècles, a structuré la France telle que nous la connaissons.
Il est la marque de l’impuissance des pouvoirs publics à rééquilibrer le tissus urbain, économique et social du pays.

Organisation territoriale de la France métropolitaine
La région parisienne concentre en effet 1/5ème de la population française et près de 80% des sièges sociaux des plus grandes entreprises françaises. C’est du fait de sa démographie et des moyens économiques dont elle dispose la région la plus productive.

Source : Insee et Alternatives économiques
On est loin de la France maillée par l’organisation des systèmes urbains telle que la DATAR la concevait pour le XXIème siècle, c’est-à-dire une France équilibrée autour des grandes aires urbaines polycentriques qui contribuent le plus à la croissance démographique, dans le but de concilier les trois impératifs du développement durables que sont :
- la solidarité et la cohésion sociale,
- la performance économique
- et la préservation des grands équilibres environnementaux.
Ce polycentrisme n’a rien de théorique.
Il s’appuie sur l’observation des dynamiques territoriales actuelles. Et il prône un accroissement de l’intercommunalité, des territoires et des agglomérations afin de favoriser la réforme de l’Etat et, selon les termes même de la DATAR, « le renouveau d’une citoyenneté vécue, davantage participative« (je souligne).
Ce que Roger-Gérard Schwartzenberg avait également constaté (1788 Essai sur la maldémocratie, Fayard, 2006, p. 417) :
« Il est temps de passer du pouvoir vertical, qui va du sommet vers la base, au pouvoir horizontal, exercé entre pairs, entre citoyens égaux. Placés au même niveau. A lieu d’être dominés, en surplomb, par de grands appareils verticaux.
La démocratie participative doit compléter la démocratie représentative. Pour redonner de l’oxygène à la vie publique. En misant – enfin – sur l’intelligence civique des Français, sur leur volonté de s’impliquer activement dans les affaires de leur collectivité.
Partout, la démocratie : tel devrait être le mot d’ordre. Partout et à tous les niveaux. Dans tous les domaines : démocratie politique, démocratie locale, démocratie sociale. »

Polycentrisme maillé
Or, le « Grand Paris » va précisément dans le sens inverse.
Il témoigne au contraire d’une politique d’aménagement du territoire complètement dépassée, fondée sur l’assujettissement de la Province à la Capitale et sur l’approfondissement des inégalités régionales.
En sont absents la notion de solidarité territoriale et le désir de donner à l’ensemble des régions de France les moyens de valoriser leur potentiel propre dans un esprit de complémentarité.


3 commentaires
Je parle « souvent » du Grand Paris dans mon blog pour dénoncer différents aspects de ce bazar mais j’en parle en tant que Parisien ce qui m’enlève la vision que tu as.
Bon billet qui nous rappelle un autre travers du Grand Paris qui va à l’encontre d’un aménagement intelligent du territoire.
Merci à toi
Oui, je ne voudrais pas que ce billet soit assimilé à de l’antiparisianisme primaire.
Paris est une ville que je connais bien et que j’apprécie beaucoup même si je ne voudrais pas y vivre pour tout l’or du monde.
Disons que je dénonce un aménagement du territoire daté et dont la philosophie générale me paraît complément à côté de la plaque par rapport aux besoins du pays.
Ce projet, dont certains aspects sont probablement bons et intéressants, creuse davantage l’écart entre Paris et le reste du pays.
Je me dis aussi que le « Grand Paris » témoigne d’une approche étriquée de la France.
Le jour où l’on se rendra compte que la France a aussi des frontières avec le Brésil par exemple, eh bien on prendra conscience de l’importance de l’ensemble du territoire national.
Je crois que la gauche, qui détient la majorité des Conseils régionaux, doit être davantage consciente de cette problématique de l’aménagement du territoire.
Je crois qu’il y a là une très grosse carte à jouer.
Paris est trop gros pour la France.Il se nourrit de ses faiblesses.