Sarkozy, avatar du giscardisme

Gabale juillet 14, 2010 Tags et autres râles

Regards complices

Les plus jeunes ne s’en souviennent sans doute pas.

Mais il y a une trentaine d’années, la France a connu un président de la République qui s’appelait Valéry Volcan Eteint et qui veille aujourd’hui au respect de la Constitution.

A défaut d’entrer en éruption, Valéry chuintait.

Doté d’un sens aigu de la hiérarchie mais beaucoup plus aléatoire en matière de généalogie, Valéry se revendiquait aussi d’une haute lignée et ne dédaignait pas la particule que sa famille avait achetée.

La préciosité affectée que l’on sentait dans ses gestes et ses manières s’accommodait parfois d’une volonté maladroite de proximité avec le bon peuple.

Valéry aimait qu’on voit son épouse et ses enfants.

Il appréciait qu’on le montre en train de conduire, nager, skier, jouer de l’accordéon.

Rien ne lui faisait plus plaisir que de s’inviter à la table d’une famille ou que d’offrir des cadeaux à des éboueurs maliens de la ville de Paris.

L’homme était parvenu à élever le ridicule à des sommets jamais égalés jusqu’à ce que son règne fût contrarié en 1981 et remplacé par une autre monarchie plus secrète et feutrée.

Depuis, « le candidat citoyen » (c’est ainsi que Valéry se qualifiait) a laissé ses héritiers dans la nature, lesquels ont à leur tour perpétué les enseignements du maître : Dominique Bussereau, Jean-Pierre Raffarin, Marc-Philippe Daubresse… et… Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy ?… Hein ?…

Le jeune RPR teigneux des beaux quartiers de Neuilly ?

Le « Charles-Edouard » de Nagy Bocsa ?

Celui qui, rarement, dépassa les limites du ghetto Auteuil Neuilly Passy ?

Le petit excité qui a grandi dans l’ombre de Jacques Chirac pour s’enfoncer ensuite dans les sables mouvants du balladurisme ?

Impossible ! Jamais on ne le vit crier rue de Marignan à Paris un soir de mai :

« Mitterrand, t’es foutu, les Giscardiens sont dans la rue ! »

Il doit donc y avoir méprise et forcément erreur sur la marchandise politique.

Jeunes giscardiens désespérés

Et pourtant non, je vous assure.

La filiation semble beaucoup plus affirmée que celle qui consiste à revendiquer une parenté politique avec le géant de Colombey-les-deux-églises.

Car en vérité je vous le dis, Nicolas Sarkozy tient plus du giscardisme que du gaullisme dans sa manière d’exercer le pouvoir.

Tout le démontre.

Depuis des années, n’avez-vous pas vu Sarkozy exhiber sa famille, courir, nager, aller à Disneyland, cultiver de la fausse proximité avec les gens, ou encore jouer du pipo avec maestria ?

Il vient d’ailleurs de le prouver aujourd’hui en invitant à l’Elysée « Douze Français méritants » choisis on ne sait trop comment ni trop pourquoi.

Douze apôtres de la France d’en bas conviés à goûter les ors de la République modeste et irréprochable.

En définitive, Nicolas Sarkozy est en train d’expérimenter ce que fut le drame intime de Valéry Hasard Destin.

Quoi qu’il fasse et quelles que soient les raisons qui dictent ses choix et ses comportements, le président de la République semble dans l’impossibilité de s’extirper du ridicule qui entoure les situations qu’il crée.

Comme Giscard,  Sarkozy suscite malgré lui le rire et les situations burlesques en voulant produire du sérieux et de la gravité majestueuse.

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