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Un quatuor de comiques
L’honorable Philippe Bilger, homme de nuances, et qui de surcroît n’est pas connu pour être foncièrement hostile à la majorité actuelle, a consacré un billet sur les récentes accusations de fascisme à l’encontre de Mediapart.
Je vous renvoie à la lecture de ce billet et me permets cependant d’en extraire la substantifique moelle.
« Xavier Bertrand, à propos des écoutes clandestines dont chaque jour l’authenticité est démontrée et qui ne sont pas discutées par leur teneur par les protagonistes en cause, évoque des « méthodes fascistes », Nadine Morano lui emboîte le pas sur le même registre. Christian Estrosi fustige une presse qui ressemble « à celle des années 30″ tandis qu’Eric Raoult pourfend une « presse collaborationniste ». Ces personnalités connaissent-elles le sens des mots, le poids des idées et les leçons de l’Histoire ? Où sont l’abjection, la destruction personnelle, l’antisémitisme, l’occupant, la haine, le rejet de la République, les écrits appelant quasiment à la mort d’autrui, où est la volonté de salir et de dégrader pour RIEN, où sont l’ignominie des insultes et l’indignité des pensées ? Le pire est de constater que la droite républicaine s’engouffre dans des dénonciations de très mauvais aloi parce qu’à tort ou à raison elle estime que dans tous les cas il vaut mieux défendre un homme que des valeurs et des principes. Ainsi, elle imite une certaine gauche intolérante et sectaire qui en son temps se servait de l’opprobre du fascisme pour l’appliquer à tout et n’importe quoi, à tous ceux, nombreux, qui ne partageaient ses obsessions idéologiques [...] Cet abus de langage comparant Mediapart à une officine de caractère « fasciste » est d’autant plus inconcevable que toutes les expériences étrangères, sous l’égide de la royauté ou de la République, s’accordent pour signifier qu’avec le millième de ce qui est soupçonné chez nous, des décisions drastiques auraient été prises et des démissions immédiates opérées. On ne peut pas tout vouloir en même temps : demeurer en place et faire taire. »
Et de rappeler cette orientation jurisprudentielle qui tend à séparer les modalités de recueil de l’information, plus ou moins discutables, du droit de la communiquer et de l’analyser.
Cependant, le problème déontologique demeure entier sur l’exploitation et l’analyse d’informations recueillies selon des modalités sujettes à caution.
Un cap me paraît franchi quand des écoutes clandestines, qui avaient été déposées à la Brigade financière par Florence Bettencourt Meyers, se retrouvent quelques jours plus tard dans les colonnes d’un organe d’information, fût-il virtuel.
Il y a dans le procédé quelque chose qui peut être choquant, quoi que l’on pense par ailleurs du scandale proprement dit.
Il reviendra en tout cas aux professionnels de la presse de s’interroger à ce sujet, lorsque les passions du moment seront quelque peu retombées.
Si je comprends le trouble de Philippe Bilger, si je sais que les mots utilisés par d’éminents comiques de la majorité sont lourds de sens, j’estime aussi que c’est donner beaucoup trop d’importance à ce qui relève finalement d’un affrontement politique musclé.
Nous sommes en effet bien loin des joutes verbales de la Troisième République où droite et gauche s’insultaient copieusement et où certaines affaires d’honneur se réglaient en duel sur le pré.
Et puis, franchement, quel poids réel accorder aux critiques de fascisme alors que les auteurs de ces accusations soutiennent un gouvernement qui n’a pas hésité à rouvrir des thématiques qu’on n’avait pas vues sur le devant de la scène depuis le régime de Vichy ?
Je pense évidemment au piteux « débat » sur l’identité nationale et à l’atmosphère nauséabonde qui en a résulté.
L’insignifiance se loge souvent dans l’excès.
C’est comme ce mail adressé mercredi 7 juillet aux adhérents de l’UMP (dont j’ai surligné quelques mots).
Le ridicule se suffit à lui-même et ce mail témoigne plus qu’un long discours de l’extrême faiblesse d’un ministre dont le maintien au gouvernement paraît de plus en plus compromis.



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