Royal/PS : exprimer le moins pour signifier le plus

Gabale juillet 2, 2010 Politeia
closeCe billet a été publié il y a 2 mois 9 jours. Il est possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être obsolètes ou, à tout le moins, elles doivent être replacées dans le contexte où ce billet a été écrit.

Photo de famille

Jeudi 1er juillet, Ségolène Royal était l’invitée du journaliste Jean-Jacques Bourdin sur RMC-BFMTV.

Elle a confirmé ce qu’elle avait indiqué en mai dernier sur France5, à savoir son éventuel retrait des Primaires.

« Quand la droite rêve d’une guerre entre les deux femmes […], elle se trompe. Cette guerre n’existera pas. Je ne serai pas candidate contre Martine Aubry si elle décide de l’être. J’apporterai tout mon soutien. Et inversement, je ferai pour le mieux si le PS se rassemble autour de moi [...] Je ne serai pas candidate contre Martine Aubry ou DSK parce que, de toute façon, s’il y a un conflit, c’est ingagnable. Je suis suffisamment responsable, suffisamment aguerrie en politique pour comprendre cela, c’est donc le plus déterminé, le meilleur d’entre nous, celui qui sera en meilleure position qui le sera »

C’est la petite déclaration finale que les médias ont retenue sur une intervention d’une vingtaine de minutes pourtant consacrée, pour l’essentiel, à quantité d’autres sujets (corruption, bouclier fiscal, retraites et référendum d’initiative populaire, Heuliez).

Malgré l’insistance du journaliste, Ségolène Royal a su esquiver et manier la litote qui donne un sens beaucoup plus fort à sa pensée. En somme, elle a exprimé le moins pour signifier le plus.

Quel est alors le but recherché de son intervention ?

A mon sens, il y a plusieurs motivations implicites à la base de l’intervention de la leader socialiste.

  • Ségolène Royal a pris acte du fait que les médias ont une propension avérée à réduire ses interventions à ses seules ambitions présidentielles. Pour que ses prises de position publiques gagnent en vigueur et puissent être honnêtement relayées sur le fond, il est important qu’elle ne soit pas organiquement associée aux affrontements internes au PS.
  • Ségolène Royal met implicitement en doute l’effet utile des Primaires si leur résultat ne parvient pas à calmer les ambitions personnelles (« de toute façon, s’il y a conflit, c’est ingagnable »). Très habilement, Ségolène Royal met donc la balle dans le camp de l’appareil national du PS où l’on sent que les couteaux sont tirés depuis longtemps dans la perspective de l’élection présidentielle.
  • En liant la défaite au conflit, en précisant qu’elle apportera tout son soutien au candidat élu aux Primaires, et en ajoutant qu’elle fera de son mieux si le PS se rassemble autour d’elle, Royal prône une gauche unie. Si elle remporte les Primaires, Royal entend que l’appareil national du PS n’oeuvre pas contre elle.

De toute manière, le fond de la pensée de Ségolène Royal est connu depuis longtemps. Le 17 décembre 2008, toujours face à Jean-Jacques Bourdin, elle déclarait :

« La page [de l'élection du premier secrétaire] est tournée même si je ne suis dupe de rien  [...] Je regrette que Martine Aubry n’ait pas fait preuve d’ouverture. Vous savez, je pense qu’on ne peut pas ouvrir un Parti sur une société si on commence par le fermer à la moitié des siens [...] Vous savez, j’ai fait quand même un peu plus de 50% [...] On ne peut pas travailler dans le sectarisme et la fermeture. Je crois que ce n’est pas possible. »

Alors qu’en conclure ? Royal sera-t-elle, oui ou non, candidate aux Primaires ?

« Je ne sais pas encore. J’en discuterai avec les autres [...]  Je ne serai candidate contre aucun autre des deux grands leaders du Parti socialiste. »

Malgré l’hésitation affichée, Ségolène Royal n’a donc absolument pas écarté la possibilité d’un rassemblement du PS autour de sa candidature aux Primaires.

Elle se présentera éventuellement avec tous les autres prétendants à l’investiture. Et non contre eux.

En revanche, elle a indiqué expressément qu’elle sera loyale à l’égard de celle ou celui qui sera choisi pour porter les couleurs du PS  en 2012.

Elle a donc logiquement souhaité que cette loyauté soit réciproque si elle l’emportait, et ce contrairement à ce qui s’était produit après les Primaires de 2006.

Le 1er avril dernier, toujours au micro de Jean-Jacques Bourdin, qui semblait mettre en doute son éventuel retrait du processus des Primaires, Ségolène Royal lui avait répondu :

« Mais je ne suis peut-être pas formatée comme les autres. C’est tout [...] Je peux être candidate et je peux ne pas l’être. »

A DSK et Aubry de sortir du bois pour prendre leurs responsabilités.

A Laurent Fabius de faire part de ses intentions, à l’instar de François Hollande qui s’est déjà déclaré depuis plusieurs mois.

Mais d’ici 2012, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts…

Je n’oublie pas non plus que Ségolène Royal est une adepte de « la politique par la preuve ».

Son retrait hypothétique de la course aux primaires, imprudemment présenté comme acquis par les médias, vise peut-être à démontrer aussi ce que ses adversaires au sein du PS tentent de camoufler laborieusement, à savoir les ambitions personnelles des uns et des autres et un sens du « collectif » très relatif.

Je rappellerai enfin que même à 26% d’opinions favorables dans un récent sondage, Nicolas Sarkozy est encore bien loin d’avoir perdu les élections présidentielles prochaines (s’il s’y présente).

Pour ceux qui n’auraient pas eu l’opportunité de voir l’interview de Royal, voici la vidéo.

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16 commentaires

  1. elly dit :

    Très bonne analyse que je partage dans sa totalité.

  2. Charles dit :

    Merci de vos intréprétations psychanalystiques de la grande penseuse Ségoléne avec quelques approximations cliniques dues au fait que vous êtes plus un philosophe qu’un psychanaliste et que la psychanalyse n’est pas seulement une affaire de lectures.

    • Gabale dit :

      Chââârles,

      Malgré tout le respect que je vous dois, je n’ai rien compris à ce que vous avez écrit.

      Mais c’est sans doute parce qu’il n’y avait justement rien à comprendre.

  3. Jeanmichel13 dit :

    http://segoleneroyal2012.over-blog.fr/ext/http://petition.desirsdavenir.org/
    Pour exiger un référendum sur les retraites, venez signer la pétition… Je vous propose une pétition mais il en existe d’autres… Chacune, chacun doit signer une pétition… Ce n’est que justice que le peuple soit consulté…

  4. Asse42 dit :

    Oui c’est une bonne analyse philosophique stratégique politicienne du positionnement de SR. On peut le comprendre mais on n’est pas obligé de l’accepter.
    Moi je ne l’accepte pas parce que je milite depuis 2006 pour SR ET pour son socialisme. Or là sa stratégie semble nous dire que si elle gagne elle nous refera un gouvernement Jospin avec les Lang, Rocard, Kouchner et les autres? Et pire elle se met déjà entre les mains des sociaux-démocrates. Ce qui veut dire Exit au changement de politique et de société. Sans moi.

    Moi je défends des valeurs et des convictions que je pensais aussi celles de SR. Or accepter aussi facilement de rejoindre DSK et Aubry montre qu’elle sera entourée de sociaux-démocrates pour gouverner.

    • Gabale dit :

      Libre à toi de ne pas l’accepter.

      Moi ce qui m’intéresse en l’occurrence, c’est de ne pas me taper cinq années supplémentaires de Sarkozy et d’UMP.

      Nous sommes des millions à penser ainsi dans ce pays.

      Ségolène Royal l’a très bien compris car, en femme politique avertie, elle est pragmatique.

      Elle n’a pas parlé d’effacement, mais elle est cependant parfaitement consciente qu’il existe contre elle une coalition de gens à gauche qui ne veut pas d’elle pour des raisons tout à fait irrationnelles (et qui relèvent, pour certains, de la psychiatrie lourde).

      Elle n’a pas dit qu’elle ne se présentera pas aux Primaires. Elle y réfléchit mais elle a prévenu Solferino de la suite.

      Si elle les gagne, elle avertit qu’elle exigera du PS une loyauté sans faille.

      Si elle les perd, elle s’effacera démocratiquement et se mettra au service de celle ou celui qui aura été choisi.

      Ce n’est pas plus compliqué que ça.

      En tout état de cause, elle ne sera pas un « obstacle » comme d’autres l’ont été vis-à-vis d’elle en 2006/2007.

      Une fois encore, on peut ne pas s’en satisfaire, mais généralement l’intransigeance en politique est mauvaise conseillère.

      Ce qui importe, c’est de sortir de l’ornière des querelles de personnes qui empoisonnent la gauche depuis au moins 1990 et le sinistre Congrès de Rennes.

      Ce qui importe, c’est que la France repasse à gauche au niveau national en 2012.

      • Asse42 dit :

        Ben non moi ça ne me satisfait pas. Moi j’ai milité contre le sarkozysme et contre le jospinisme. Je ne pourrai donc pas accepter l’autre face du libéralisme. Ce sera sans moi. Moi je soutiens SR pour son socialisme pas pour le PS.

        • Gabale dit :

          Sauf que sans le PS, Royal ne gagnera pas. Car même élue, il lui faudra une majorité.

          • la fourmi rouge dit :

             » Sauf que sans le PS, Royal ne gagnera pas.  »

            c’est sûr et certain.

            Pas seulement pour « une majorité », une fois élue :
            d’abord et surtout pour être élue.

            On peut tourner le problème dans tous les sens, force est d’admettre qu’elle aura besoin de réseaux, des élus (pas 1 élu PS ne la suivra hors du PS, même avec moins de 60 000 adhérents), un maillage de tout le territoire… etc …et ça, elle ne l’a pas aujourd’hui.

            Quand on se rappelle François Mitterrand qui créa le PS, alors que cet homme n’était pas un fan des appareils. Quand on se souvient aussi à droite, de Chirac, puis Sarkozy qui ont créé un instrument de bataille pour la campagne la plus difficile à gagner, on ne peut que s’incliner devant la décision de Ségolène.

            Mais les craintes de Fabrice sont justifiées :
            - qui nous assure que les ténors de courants ne recommenceraient pas en 2011-2012, ce qu’ils ont commis en 2006-2007 ? Rien.
            - qui nous permet de penser que le changement serait au bout de la victoire pour Ségolène, si elle est accompagnée de cette caste qui travaille déjà avec Sarkozy ? Rien.

            Les gens veulent jeter par-dessus bord, le systèmeSarkozy, oui; mais ils n’adhèrent pas du tout aux représentants nationaux du PS.

            Il est clair que ce qui a fait le succès deSégolène Royal, extérieure à la bulle politico-financiéro-médiatico-parisiano-mondaine, avec son audace et ses innovations, sa liberté de ton et sa proximité des gens, en prend là un sacré coup !

            Un vrai casse-tête !

  5. ncpdnew dit :

    Je ne sais pas pourquoi j’ai suivi cette personne car je constate qu’aujourd’hui elle ne sait vraiment ce qu’elle veut.
    Il est dommege car j’adore ses idées mais ça bravitude est morte cette année.
    Elle avance de deux pas puis recule de vingt.
    Elle ne sera jamais présidente et ma foi tant mieux.
    Le PS est un parti de merde y compris ses militants.

  6. ncpdnew dit :

    La France ne veut du PS au pouvoir encore mons de la Dame des 35 heures.
    Elle file des boutons à la moitié de la France avec ses conneries.
    La gauche est devenue une belle MERDE!!!!
    Il ne faut pas qu’elle soit au pouvoir en 2012, le temps que tout ses vieux éléphants prennent leurs retraites.
    La gauche donne des leçons de valeur à la droite mais ferait mieux de regarder au pas de sa porte.
    Le parti et ses militants ne sont que des tricheurs, des merdeux, des gens sans morales, qu’avec du bla-bla qui ne fait pas grandir la France.

  7. Le climat politique en France n’inspire pas confiance en les politiques c’est sûr… regardez encore ce qui vient de sortir à propos de Bettencourt… c’est vrai, comment avoir confiance en la droite ou la gauche après ?

    • Gabale dit :

      Oui, vous avez raison.

      Vous exprimez un sentiment largement partagé dans la société française.

      Mais en même temps, les citoyens doivent se poser la question de leur propre responsabilité par rapport aux faits qu’ils déplorent.

      Nous avons les politiques que nous méritons.

      Pour que les pratiques politiques évoluent, les citoyens doivent s’en emparer.

      En d’autres termes, ils doivent s’engager, militer selon leurs inclinations, leurs opinions, dans les partis.

      Généralement, ils ne le font pas. Ils considèrent que ça ne sert à rien.

      C’est dommage.

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