L’intox DSK

Gabale juin 4, 2010 Politeia
closeCe billet a été publié il y a 3 mois 6 jours. Il est possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être obsolètes ou, à tout le moins, elles doivent être replacées dans le contexte où ce billet a été écrit.

L'enfant prodigue

La presse est en effervescence. Pensez donc !

Un sondage de l’institut CSA pour La Chaîne Parlementaire semble indiquer que DSK est d’ores et déjà le grand favori des Primaires-dont-on-ignore-encore-les-modalités-pratiques (soit dit en passant, on évite de parler du taux des personnes interrogées qui ne se prononcent pas).

Concernant les fameuses Primaires, je rappellerai que le rapport de la Commission Montebourg n’envisage que des pistes possibles d’organisation.

Mais on ne sait pas encore si la montagne ne va pas en définitive accoucher d’une souris.

D’ici 2011-2012, beaucoup de rebondissements peuvent se produire. Rien n’est acquis.

Toujours est-il que le retour de l’enfant prodigue est attendu (ça rappelle ce qui s’est produit en 1994-1995 quand tout le monde à gauche espérait la candidature de Jacques Delors).

La France est donc priée de se placer en mode « attente de l’homme providentiel ».

Je ne vais pas réécrire à nouveau ce que j’ai déjà dit sur le sujet et me contenterai donc de renvoyer le lecteur au billet « L’improbable retour de Strauss-Kahn ».

Je préciserai simplement une chose que beaucoup de commentateurs de la vie politique française semblent avoir oublié.

DSK a été élu à la tête du FMI pour un mandat de cinq ans, lequel doit s’achever en principe à la fin du mois d’octobre 2012.

Pour rassurer les autres Etats membres du FMI (notamment les américains), et favoriser ainsi son élection à la tête de ladite institution, Dominique Strauss-Kahn a été dans l’obligation de leur donner des gages, notamment celui de remplir son mandat, tout son mandat et rien que son mandat jusqu’à son terme.

Dans cet objectif, il a fait le tour des grandes capitales du monde dès juillet 2007.

Je le vois mal se dédire et démissionner de façon anticipée courant 2011 pour se présenter à une élection qui est loin d’être gagnée.

Il y perdrait sa crédibilité tant au niveau international que national. Et je n’ose même pas envisager ce qu’il en resterait en cas de défaite.

Nicolas Sarkozy ne s’y est d’ailleurs pas trompé.

En soutenant la candidature de DSK à la direction générale du FMI, le petit monarque s’est débarrassé d’un rival potentiellement dangereux.

Nicolas Sarkozy n’a pas agi en philanthrope, mais en brillant stratège politique.

Depuis la fin 2007, je ne le répéterai jamais assez, DSK n’a rénové qu’une chose : sa carrière et non le Parti socialiste.

Enfin, pour que DSK envisage sérieusement de se présenter à la prochaine élection présidentielle, il faudrait, d’une part, amender le rapport Montebourg et, d’autre part, réformer la Constitution de la manière suivante :

  • instauration d’une primaire par acclamation ou par sondage ;
  • abolition de l’élection du Président de la République au suffrage universel direct ;
  • désignation du Président de la République soit sur base d’un CV, soit par acclamation.

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21 commentaires

  1. mtislav dit :

    Enfin un homme de parole qui n’est pas fasciné par la fonction présidentielle !

  2. pierre dit :

    Il faut pourtant vous y faire. Votre argutie ne tient pas.
    L’atterrissage sera peut-être un peu long pour vous mais il se fera.
    Sortez d’ores et déjà les rétro-volets, vous toucherez terre plus facilement.

  3. Martin Bruno dit :

    Soupe chaude ou froide peu importe, je ne prend plus de votre potage!
    cette auto-gestation sur le sexe de vos candidats est accablant !

  4. haribo30 dit :

    Pour chaque poste auquel on postule, on promet de faire le mandat complet. Mais si les conditions changent, DSK pourra parfaitement partir de façon anticipée et se présenter aux primaires socialistes. Son prédécesseur avait promis la même chose et est également parti avant la fin du mandat.

    Mais ça concerne tout le monde. Si Aubry gagne les primaires et est élue présidente, elle lâchera la mairie de Lille avant la fin du mandat, et idem pour Royal et le Poitou-Charente ou Hollande et son mandat en Corrèze. C’est une évidence.

    DSK va se présenter et dès octobre 2010 une intervention est prévue pour ne plus laisser de doute.

    • Gabale dit :

      Si ce que vous dites se révèle exact (ce dont je doute), alors la gauche aura un sacré menteur comme prétendant à la candidature à la présidentielle.

      Car comment faire confiance à quelqu’un qui abandonnerait en cours de route le mandat qui lui a été confié par 186 pays.

      Les promesses que DSK a pu faire lorsqu’il était candidat à la direction générale du FMI n’ont pas exactement la même portée que celles que DSK a pu faire lorsqu’il se présentait à la Mairie de Sarcelles.

      • haribo30 dit :

        Promettre aux responsables de 180 pays qu’on fera tout son mandat (des responsables non naïfs) ou promettre à ses électeurs locaux qu’on fera tout son mandat de maire ou à une région, est-ce vraiment différent ? Et en quoi ?

        Le FMI sait depuis le début (et les pays représentés aussi) que DSK ne fera pas 5 ans s’il est en position de se présenter aux primaires PS et à la présidentielle en France.

        Et finalement, il faut savoir si le PS veut enfin gagner ou pas.
        Si DSK représente notre meilleure chance, il serait dommage de s’en passer.
        Si c’est qqun d’autre, alors bonne chance à ce qqun d’autre.

        L’important est de présenter un(e) candidat(e) crédible, sérieux, non rejeté par la population et qui est capable de battre Sarkozy.

        Je ne dis pas que DSK est le seul à avoir ce profil, sûrement pas, mais en tous cas il fait partie des prétendants sérieux.

        Même Royal le reconnaît, alors c’est dire…

        • Gabale dit :

          Quelle différence ?

          Mais elle est gigantesque !

          En faisant le choix de se présenter à la direction général du FMI, DSK a dû convaincre non seulement l’Union européenne et ses Etats membres de le soutenir mais aussi les Etats-Unis d’Amérique.

          En face, la Russie et d’autres pays avaient opté pour un autre candidat, l’économiste et homme politique tchèque Monsieur Joseph Tosovsky.

          DSK l’a emporté facilement.

          Je vous laisse imaginer les remous diplomatiques, notamment du côté des Etats-Unis d’Amérique, si jamais DSK décidait de lâcher la fonction pour laquelle il a été élu afin de se présenter à l’élection présidentielle en France.

          La Russie aura alors beau jeu d’ironiser sur le choix majoritaire qui a été effectué en octobre 2007.

          Les enjeux sont d’un autre niveau.

          Le risque pour DSK est également considérable car se présenter à l’élection présidentielle, ce n’est pas nécessairement la gagner.

          Ce que beaucoup de strauss-khistes refusent de comprendre, c’est que si DSK avait eu vraiment l’envie de jouer les premiers rôles en France, alors il aurait tout simplement appliqué ce qu’il avait énoncé gravement le soir du 6 mai 2007 : il se serait investi au sein du PS afin de participer à sa rénovation comme il se serait investi dans la vie politique française.

          Or, il a fait un tout autre choix, qui plus est dans un contexte politique interne où il a dû aller pleurer à l’Elysée (d’abord en cachette) pour obtenir l’appui de Nicolas Sarkozy, l’un des présidents de la République les plus à droite de la Vème République !

          DSK a donc fait un immense bras d’honneur à l’électorat progressiste.

          En tant que directeur général du FMI, DSK bénéficie d’un rang quasiment équivalent à celui d’un chef d’Etat. Il est de tous les grands sommets internationaux.

          Pourquoi diable renoncerait-il à cette place ?

          Pour devenir président de la République, il faut certes des compétences (et DSK n’en manque pas), mais il faut et surtout une envie, une volonté, un désir clairement affirmé et assumé.

          Et DSK manque précisément de cette envie, de cette volonté et de ce désir.

          • haribo30 dit :

            Pour ton premier commentaire, je crois exactement l’inverse.

            La Russie, les Etats-Unis et l’Asie seraient ravis de pouvoir présenter leur candidat très vite, sans attendre la fin des 5 ans.
            Ils ne sont pas naïfs, tout le monde sait très bien que si le directeur du FMI a l’opportunité de devenir président de son pays, il ne restera pas. C’est arrivé avant DSK, pas plus tard que son prédécesseur, ce qui n’a pas empêché un autre européen de devenir directeur.

            De toute façon, si DSK part à la fin de son mandat, il est fort à parier que le rôle reviendra à un asiatique, départ anticipé ou non de DSK.

            Sinon, tu as raison, DSK a un poste équivalent à un chef d’Etat, ce qui implique donc qu’il peut très bien ne pas revenir. On est parfaitement d’accord.

            Maintenant, si DSK a envie de devenir président de la France, c’est qu’il estime qu’il a fait son job au FMI et qu’il souhaite de nouveaux horizons d’une part et qu’il a qqch à proposer au pays / une ambition pour le pays.

            Si ce n’est pas le cas, ou s’il pense ne pas être en mesure de pouvoir gagner, il restera au FMI ou alors fera une troisième chose.
            C’est une évidence.

            Perso, je pense que DSK est le mieux à même de battre Sarko. Mais si c’est pas lui, bah ce sera qqun d’autre et les strauss-kahniens n’en feront pas un cas :)

            Mais il a déjà gagné qqch dans l’inconscient collectif en France : être perçu comme qqun de compétent/crédible et avoir la carrure d’un président de la république.

            Ce ne sont pas les seuls critères pour gagner, loin de là. Mais ces critères sont indispensables. On sait que c’est ce qui a manqué par ex. à Royal en 2007. Les Français ne la voyaient pas dans le rôle.

            C’est injuste peut-être mais c’est ainsi.

            DSK a de forts atouts pour gagner, mais il ne les a pas tous. Et d’autres candidats ont d’autres atouts aussi.
            Nous n’avons pas de candidat « idéal » ou « logique », nous le savons.

            On verra bien d’ici un an :)

            • Gabale dit :

              Certes.

              Mais je crois qu’il convient malgré tout de revenir sur l’histoire du FMI.

              Jusqu’en 2000, la direction générale se caractérisait par une grande stabilité.

              Soit les directeurs généraux accomplissaient leurs mandats jusqu’au bout, soit ils rempilaient.

              A partir des années 2000, il y a eu des flottements et on a assisté à des démissions avant terme (je pense par exemple à la démission du prédécesseur immédiat de DSK, Rodrigo Rato).

              Je peux certes me tromper, mais je vois mal DSK poursuivre cette ère d’instabilité (surtout en cette période de crise) alors que son programme est ambitieux : briser l’image d’un FMI perçu comme un strict agent de régulation économique imperméable aux problèmes sociaux.

              DSK s’est engagé dans une réforme de l’institution qu’il dirige. Beaucoup d’Etats, notamment les plus libéraux, l’attendent au tournant.

              • haribo30 dit :

                on verra bien si les pays libéraux ou autres lui en veulent :) Quoi qu’il en soit, s’il revient et est élu, à mon avis, personne ne lui en voudra vraiment :)

                Et vu le rôle qu’il a réussi à donner au FMI dans cette crise, c’est déjà énorme pour une institution dont plus personne ne parlait.

                Et perso, s’il a les atouts pour battre Sarko, je préfère qu’il vexe certains pays et qu’il gagne chez nous, plutôt que rester là-bas.

  5. ju dit :

    très clairvoyant, ce billet !
    Se pose donc la question du « QUI » en terme de leader de la gauche…

    • haribo30 dit :

      on verra bien si les pays libéraux ou autres lui en veulent :) Quoi qu’il en soit, s’il revient et est élu, à mon avis, personne ne lui en voudra vraiment :)

      Et vu le rôle qu’il a réussi à donner au FMI dans cette crise, c’est déjà énorme pour une institution dont plus personne ne parlait.

      Et perso, s’il a les atouts pour battre Sarko, je préfère qu’il vexe certains pays et qu’il gagne chez nous, plutôt que rester là-bas.

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