Ce billet a été publié il y a 8 mois 4 jours. Il est possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être obsolètes ou, à tout le moins, elles doivent être replacées dans le contexte où ce billet a été écrit.
Toujours à l’affut de ce qui se passe dans la blogosphère, Nicolas signale un billet de SeeMee sur les blogs morts. Celle-ci d’inviter à la réflexion suivante :
« Si vous aussi vous avez (lâchement ou dignement) laissé mourir un blog, venez témoigner ici. Et si VOUS vous avez su écrire une jolie lettre d’adieu, un dernier billet, pourquoi pas nous le faire partager ? »
SeeMee voudra bien me pardonner si je lui réponds ici et non sur son espace que je vous invite d’ailleurs à découvrir.
Je suis en effet un peu dans le même cas que Nicolas et SeeMee. J’ai aussi tenu, pendant un an et demi, un blog que j’ai laissé tomber en milieu d’année. Certains d’entre vous l’ont connu peut-être. Il s’appelait Lozère socialiste (lozere-socialiste.fr).
Ce fut mon seul et unique blog. Je l’avais créé fin 2007, en décembre exactement, c’est-à-dire quelques mois après l’accession de Nicolas Sarkozy à la plus haute magistrature du pays.
Je voulais témoigner, apporter la contradiction, offrir une sorte de résistance opiniâtre à ce nouveau régime qui me paraissait (et me paraît toujours) comme l’expression de ce qu’il y a de plus vil, de plus antisocial, et de plus ultralibéral dans la droite française.
J’avais donc ouvert ce blog dans une atmosphère d’inquiétude. Nicolas Sarkozy voulait et entendait cliver le débat politique. Il me semblait alors nécessaire de prendre acte de la volonté présidentielle.
Bloguer s’est ainsi imposé à moi comme une forme de militantisme complémentaire à celui que l’on peut avoir au sein d’une association, d’un syndicat ou d’un parti politique.
Cela m’a permis ainsi de suivre l’actualité au plus près, de passer l’action de Sarkozy au crible de mon jugement, et d’en poindre les dangers.
Bloguer m’a permis de prendre encore plus conscience que je n’étais pas seul. D’autres que moi, et bien avant d’ailleurs, ont eu une démarche similaire. Je pense notamment à Sarkophage qui, depuis juin 2005 (!), suit avec son regard incisif et ironique les nombreux travers de celui qui est devenu président de la République, à force de mensonges et de promesses démagogiques. J’avais d’ailleurs fabriqué pour l’aider un petit bandeau sans prétention, dans le courant de l’année 2006.

Bandeau fabriqué pour sarkostique
J’ai ensuite rencontré virtuellement d’autres internautes qui partageaient des préoccupations similaires, notamment au sein du groupe des Leftblogs. En revanche, ma demande d’intégration au sein du groupe des blogs vigilants n’a pas eu de suite (n’ayant jamais eu de réponse, j’ignore donc les motifs de ce rejet, mais je ne m’en suis pas préoccupé outre mesure).
Résister à l’Etat UMP ne fut cependant pas la seule tâche que je m’étais assignée. J’entendais aussi m’occuper de ce qui se passait au sein du Parti socialiste, lequel paraissait (et me paraît toujours) comme une formation politique profondément minée par son propre appareil dont une partie importante a sciemment pratiqué la politique du pire : favoriser l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée au détriment de la candidate Ségolène Royal que 63% des militants socialistes avaient désigné aux termes d’un scrutin régulier.
Ce fonctionnalisme du pire a asséché le PS. Jadis, il y a bien longtemps, le PS était un champ politique (champ au sens où le définit Pierre Bourdieu).
En effet, lorsque le PS était constitutif d’un champ politique, les agents dominants (les personnalités politiques socialistes de dimension nationale) et les courants de pensée étaient en lutte, avec des forces différentes, et selon les règles propres à ce champ (les statuts du PS, les pratiques, les usages), pour essayer de le dominer et de le faire fonctionner en fonctions de leurs propres objectifs.
Mais les personnalités politiques, les courants devaient également compter avec la résistance des dominés (les militants, les sympathisants, c’est-à-dire grosso modo les non-professionnels de la politique). Il y avait une plus grande interaction entre le haut de la pyramide et sa base. Cette interaction favorisait l’échange, les idées, les rencontres entre des individus soucieux de progrès, d’amélioration intellectuelle, matérielle et morale de la société.
Or, depuis de nombreuses années, le PS est passé du stade de champ politique à celui d’un appareil.
Comme le dit Bourdieu, un champ devient un appareil lorsque les dominants ont les moyens d’annuler la résistance et les réactions des dominés, et quand les militants et les sympathisants n’ont pas d’autres choix que de subir la domination.
Quand tous les mouvements vont du haut vers le bas, quand les votes des militants sont systématiquement dénaturés, pour ne pas dire truqués, alors les effets de la domination sont tels que cessent la lutte, la dialectique, le débat, les idées qui sont constitutives d’un champ politique.
L’appareil prétend donner la parole à la base tout en se dépêchant de la confisquer dès qu’il sent la moindre velléité d’émancipation qui pourrait contrecarrer sa propre perpétuation.
C’est l’une des raisons fondamentales qui m’a incité à soutenir Ségolène Royal, car elle a été la seule à préconiser un retour du PS vers le champ politique, vers les idées, vers le débat à la base, au moyen d’une pratique qui a fait florès mais qui a aussi suscité les ricanements de l’appareil : la démocratie participative.
Et ce soutien, au fil des jours, n’a fait que s’accentuer et se renforcer à chaque crasse, à chaque saloperie proférée par les tenants du socialisme alimentaire.

Relooking de mon ancien blog lors de la campagne muncipale à Mende
Avec le Congrès de Reims et le vote truqué du 20 novembre 2008 qui a permis à Martine Aubry de s’emparer du PS, on a atteint le paroxysme de la pathologie d’appareil.
La coalition des bureaucrates et des petits hommes en noir l’a (temporairement) emporté, faisant du premier parti de gauche français une « terre de silence » pour reprendre l’heureuse formule de Laurent Joffrin.
Je m’étais personnellement beaucoup investi dans la préparation du Congrès, avec mes camarades de la motion E. J’ai donc subi le contrecoup de toute cette énergie déployée en vain.
J’ai fait ce que l’on peut appeler un rejet, mais sans jamais toutefois remettre en cause mon appartenance au PS, dont je me sens copropriétaire, au même titre que tous les autres encartés, qu’ils soient élus ou non.
Ce sentiment de saturation et d’exaspération mêlées m’a donc conduit à fermer soudainement mon blog sans effet d’annonce et sans explication dans le courant de l’année 2009. Un beau matin, à cours d’inspiration, autant lassé par Sarkozy que par Aubry, je me suis dit : « C’est bon, il faut que tu arrêtes maintenant. Prends le large quelques temps. Pense à autre chose. En un mot : vis ! »
Pour autant que je me souvienne, je n’ai jamais regretté mon geste, car Lozère socialiste était un blog qui, progressivement, avait acquis une petite notoriété locale, puis nationale (et je le dis sans flagornerie). Il était lu dans mon cher département et ailleurs bien sûr.
Il a notamment accompagné Alain Bertrand tout au long de sa campagne lors des municipales à Mende, laquelle s’est soldée par une très belle victoire face à une droite arrogante et sûre de son importance qui pensait que la direction de la ville lui revenait de droit.
Mais voilà, à toute histoire, il faut bien qu’il y ait une fin, même si les motivations, qui avaient présidé à la création de ce blog, sont finalement demeurées intactes.
Je poursuis désormais ma route sur ce nouveau blog.


12 commentaires
(Sympa d’écrire un commentaire en musique !)
Je ne suis pas contrariée du tout que la réponse ne soit pas en commentaire sur mon blog… Car en effet, pour comprendre l’abandon d’un blog il peut être intéressant d’en avoir son histoire, comme vous le faites ici.
Créer un blog c’est une démarche d’engagement, et dans votre cas c’est doublement vrai ! Ces engagements s’alimentent l’un et l’autre, et quand l’un subit des doutes, l’autre naturellement les exprime. Seulement, si l’on parvient en général à poursuivre sa vraie vie dans la continuité malgré la tourmente, cela peut aussi soulager que de « suicider » son blog.
Le blog est peut-être une sorte d’objet transitionnel (je m’engage sur des chemins glissants, là… mais j’aimerais bien savoir ce qu’en pense un psy ?), créé de toutes pièces pour soulager un besoin, jusqu’à ressentir la désillusion (nécessaire ?) qui nous amènera à l’abandonner… à passer à autre chose, ou à réinvestir dans d’autres désirs.
Et à se dire : « Prends le large quelques temps. Pense à autre chose. En un mot : vis ! ». Cette remarque, je me la suite faite à chaque fois que j’ai laissé tomber un blog. Et pourtant cela ne m’a pas empêché de me réinvestir dans un autre blog, tout comme vous. Il faut croire que bloguer peut aussi nous donner le sentiment de vivre, voire de vivre ce que notre vie ne nous apporte pas ?
Franchement et sincèrement, même si je ne commente pas beaucoup par chez toi, j’espère que tu le feras encore longtemps et que tu feras partie des heureux de 2012…Avec moi et d’autres bien sûr
En attendant si tu as un coup de blues ou un coup de moins bien vient te ressourcer sur DA ou sur nos blogs
Amitiés socialo-ségolènistes
Ah au fait moi on m’a refusé l’entrée chez les Vigilants avec une belle unanimité à ce qu’il parait! Et l’argument je le connais. Je serais trop…monomaniaque!
)
@SeeMee :
Non, franchement, je ne pense pas avoir été guidé principalement par l’amertume lorsque j’ai arrêté mon blog. J’ai ressenti juste un effet de saturation et de fatigue pour les raisons que j’ai indiquées dans mon billet. Honnêtement, je n’ai pas besoin d’un blog pour me sentir exister. J’ai la chance d’avoir des activités professionnelles épanouissantes, une famille que j’aime et des amis, une vie associative stimulante, etc. Je n’ai donc pas éprouvé de sensation de manque durant les mois où je n’ai pas tenu de blog. Honnêtement, le blog n’est pas, pour moi, un palliatif à une existence que j’estimerais terne et morne. J’ai cette chance.
En revanche, le blog me permet d’exprimer mon avis sur des sujets qui m’interpellent. C’est le luxe de notre époque. Avant, il fallait « batailler » pour exprimer unilatéralement son opinion. Aujourd’hui, le blog le permet un peu plus facilement. Maintenant, qu’on soit d’accord ou pas avec ce que j’exprime, c’est bien entendu un autre problème.
@ Asse42 :
Je vais te faire un aveu. En 2005-2006, Ségolène Royal, ce n’était pas franchement ma tasse de thé. J’avais pris, au départ, sa candidature comme une farce tant elle me paraissait incroyable, à peu près pour les mêmes raisons que celles et ceux qui passent leur temps obsessionnellement à lui casser du sucre sur le dos (incompétence, aspect nunuche et vieille France, etc.). Je me disais que seul DSK pouvait relever le défi d’une présidentielle.
Et puis, assez rapidement, je me suis rendu compte que je faisais fausse route quand j’ai assisté aux premiers raidissements de l’appareil du PS. J’ai pris conscience que Royal apportait un ton nouveau, des méthodes inédites (la démocratie participative), une vision politique qui englobait aussi des problématiques trop longtemps négligées par le PS (la sécurité par exemple), une certaine audace aussi (sur les conséquences néfastes des 35h00 dans certains secteurs économiques et à l’égard des salariés les plus fragiles), etc.
La déloyauté de l’appareil socialiste n’a eu de cesse de se manifester, jour après jour, dans ce que j’appelle, en paraphrasant Bourdieu, le « fonctionnalisme du pire » : le TSS (Tout sauf Ségolène), donc en fin de compte le TPS (Tous Pour Sarkozy). Ce n’est pas nouveau. Les communistes connaissent bien le phénomène eux qui ont subi un appareil stalinien lequel, en 1981, avait appelé en sous-main ses militants et ses sympathisants à faire « un vote révolutionnaire pour Giscard » pour barrer la route de l’Elysée à François Mitterrand. Pierre Juquin, ancien membre du bureau politique et du comité central du PCF, l’a maintes fois expliqué.
Cette déloyauté de l’appareil socialiste s’est fondée sur un sentiment irrationnel d’aversion pour la candidate pourtant désignée régulièrement aux suffrages des militants socialistes. Légitimée par le vote, il a fallu la déligitimer aux prix de raisonnements incohérents et de procès d’intention abjects (elle est de droite, elle est catholique, elle est illuminée, elle est laxiste un jour, elle est autoritaire un autre, etc.). Cette déloyauté n’a pas eu que des effets sur la candidate, mais aussi sur celles et ceux qui la soutenaient et qui ont été victimes d’un flot de haine sans précédent de la part de leurs camarades de parti. Ils étaient devenus des « ségogoles », des « ségolâtres », des illégitimes et des débiles. Il fallait voir tout ce qui se disait à l’époque sur Facebook, pour ne s’en tenir qu’à ce seul exemple.
Gabale
La haine je l’ai personnellement subie et notamment sur LePost.
@ gaballe : je suis beaucoup de blogs et j’ai souvent été lire le votre, je tiens à vous dire au sujet de Ségolène Royal, que j’ai eu les memes a-prioris que vous et pour ma part j’obtais pour Jospin, et comme vous tout au long de la campagne j’ai compris que cette femme était différente qu’elle faisait de la politique dans mon sens, en un mot j’étais devenu ségolèniste, le soir du 6 mai, j’ai pleuré comme bcp, Mme Royal aura-t elle encore le soutien des citoyens de gauche pour 2012 ?
Beau billet, complet, riche et bien écrit. Nous nous rejoignons dans nos aspirations et j’ai moi-même créé mon blog dans le même genre de contexte et d’état d’âme. Et j’ai aussi eu l’intention il ya quelques semaines de le laisser mourir… sous le coup de la saturation, mais aussi de l’amertume de ne pas voir mon travail quotidien courronné d’autant de succès que je le souhaiterais… s’il n’y avait eu la réaction de certains lecteurs… Et de Nicolas. Merci à lui. ET à toi pour ce témoignage qui me touche.