Vincent Peillon, l’idiot utile

Gabale novembre 23, 2009 Politeia
closeCe billet a été publié il y a 8 mois 7 jours. Il est possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être obsolètes ou, à tout le moins, elles doivent être replacées dans le contexte où ce billet a été écrit.

Ce lundi, aux alentours de 2h00 du matin, Vincent Peillon et François Rebsamen ont publié le cinquième numéro de la Newsletter électronique du courant « L’Espoir à gauche ».

Il s’agit, pour l’essentiel, d’interminables et pénibles considérations sur la nécessité d’un « Rassemblement » (mot qui revient dix neuf fois) et dont on a vu qu’il passait paradoxalement par les exclusives à l’encontre de Ségolène Royal, laquelle, pourtant, fut désignée, en 2006, par 63% des militants socialistes comme candidate du PS à l’élection présidentielle.

Certains passages ne manquent pourtant pas d’intérêt et méritent que l’on s’y attarde.

Vincent Peillon ou la technique du Coucou

Dans la Newsletter n°5, on peut lire notamment ceci (nous soulignons) :

« [Notre rencontre] organisée et portée par le Rassemblement, c’est-à-dire des personnalités issues du Parti Socialiste, des Verts, d’Europe Ecologie, des anciens communistes, du Modem, du Parti radical de gauche,  il était convenu entre nous d’annoncer la naissance de ce lieu de convergences politiques, «  www.le-rassemblement.fr ». »

Voici donc l’objet de la manœuvre clairement énoncé : la création à gauche d’un mouvement autonome et transversal sur la base des réseaux militants socialistes du courant « Espoir à Gauche », voire de l’association Désirs d’avenir, et à partir desquels Vincent Peillon espère assouvir ses ambitions personnelles.

Autrement dit, le prétendu « Rassemblement » (avec un grand « R », faisant référence non à un substantif mais bien à une organisation politique) n’est en réalité que l’expression d’un fractionnisme, doublé d’une tentative de captation de réseaux nés autour des idées et de l’action politique de Ségolène Royal.

A ce sujet, je conseille la lecture du billet de Samuel Baillaud qui met en lumière les raisons inavouables de la dispute Peillon/Royal.

Celui-ci observe judicieusement (nous soulignons) :

« Le problème de Peillon, c’est qu’il ne peut créer à lui tout seul ce « Rassemblement » dont il serait la pièce maitresse. Peillon a besoin pour soutenir son projet, d’une importante organisation politique, riche en militants de base pouvant remplir une salle de meeting, riche en hommes politiques influents pour garnir la premiere rangée de sièges de cette salle, riche en moyens financiers et en mécènes pour financer des meetings, des brochures, un site internet. Peillon a donc besoin d’utiliser l’organisation « Espoir à Gauche », pour y inséminer la graine du « Rassemblement » qu’il souhaite voir se développer autour de lui, puis pour que cette graine s’y developpe comme un embryon dans le ventre de sa mère. »

Ce fractionnisme explique aujourd’hui, d’une part, le manque de lisibilité entourant l’initiative de Peillon qui parle de rassemblement tout en excluant Royal et, d’autre part, l’embarras des militants socialistes dont une majorité sincère peine à comprendre les tenants et les aboutissants de ce qui s’est produit à Dijon le 14 novembre 2009.

En d’autres termes, il s’agit de la technique utilisée par le Coucou : le Coucou parasite les nids des autres oiseaux en y déposant ses oeufs.

Tout ceci rend même cocasse l’hommage que Peillon et Rebsamen adressent aux autres personnalités non socialistes qui, dans cette affaire, ont été bien évidemment instrumentalisées :

« Daniel Cohn-Bendit avait encore déclaré le vendredi dans le Figaro qu’il n’était pas candidat à la présidentielle. François Bayrou, qui souhaitait venir, a compris et respecté cette démarche. C’est ainsi que les autres présidentiables socialistes, dont l’aura médiatique aurait été susceptible de dénaturer le consensus de la rencontre, n’ont pas été invités. »

Cette prévenance contraste douloureusement avec les insultes dont Royal a été abreuvée. Elle montre en tout cas que la camaraderie est chose éminemment relative qui a bien du mal à résister à la fatuité.

Comme quoi, l’égotisme n’a pas là où certains, effectivement mal placés, croient le déceler parce qu’ils ne saisissent pas ce qui est en train de se jouer.

Vincent Peillon ou la technique du cocu

Je devine l’objection : la présence de François Rebsamen qui a co-signé la newsletter à laquelle j’ai fait référence au début de ce billet.

Cette présence ne doit pas faire illusion, car elle aveugle déjà suffisamment Vincent Peillon.

François Rebsamen a-t-il lâché politiquement Ségolène Royal ? Sans aucun doute.

Mais François Rebsamen a-t-il lâché Ségolène Royal pour Vincent Peillon ? Rien n’est moins sûr.

Car le Maire de Dijon ne roule évidemment pas pour l’ex-lieutenant de Ségolène Royal, mais  bien pour François Hollande, son ami de toujours.

En bon manoeuvrier (il fut pendant des années secrétaire national du PS aux fédérations), François Rebsamen accompagne tout simplement le mouvement de Peillon, dans le but de le contrôler et, lorsque le temps sera venu, de le circonvenir pour les besoins de la campagne de François Hollande lors des prochaines primaires socialistes.

Vous verrez que dans les prochaines mois, il y aura progressivement un rapprochement entre Vincent Peillon et François Hollande. Le premier pensera alors piéger le second sans se rendre compte que le second l’aura déjà ferré depuis belle lurette.

Vincent Peillon est donc ce que l’on appelle, dans la phraséologie politico-révolutionnaire, un « idiot utile », qu’on laisse s’agiter le temps de créer la confusion à gauche, tout comme Olivier Besancenot est l’idiot utile de Nicolas Sarkozy.

L’initiative de Peillon est ambiguë. Et cette ambiguïté sert précisément à François Hollande qui a besoin d’un courant pour mettre toutes les chances de son côté dans la perspective des primaires socialistes et pour se positionner (même si cela peut faire sourire) comme le premier opposant à la direction actuelle du PS.

Quand Vincent Peillon ne sera plus d’aucune utilité, c’est-à-dire lorsqu’il sera parvenu à déstabiliser « L’Espoir à Gauche » au profit du « Rassemblement », il sera alors lâché et politiquement liquidé.

Et Vincent Peillon sera d’autant plus vite écarté qu’il ne représente strictement rien au sein du PS.

En effet, celui-ci est entré en politique il y a une quinzaine d’années à peine ; il n’a aucun fief (il n’est ni maire, ni conseiller général, ni conseiller régional, ni député, ni sénateur) ; son mandat de parlementaire européen ne lui donne aucune « épaisseur politique » ; il n’a jamais assumé la moindre responsabilité au niveau national (aucun ministère) ; et de surcroît, le succès de la motion E au Congrès de Reims n’est pas le sien.

C’est donc l’homme de paille idéal, l’imbécile à la belle gueule chargé de donner et de recevoir les coups en lieu et place de François Hollande.

Le Coucou se révèlera très vite cocu.

Et Ségolène Royal ?

C’est bien parce que Ségolène Royal a compris (mais peut-être un peu tard) la manoeuvre décrite plus haut, qu’elle s’est rendue à Dijon malgré les oukases médiatiques de Vincent Peillon.

En août dernier, Ségolène Royal ne s’était pas rendue à la réunion du courant « L’Espoir à Gauche », qui avait eu lieu à Marseille, afin justement d’apaiser les tensions quelques jours avant l’université d’été du PS à La Rochelle.

Contrairement à ce que Peillon a déclaré à ce sujet, cette absence n’était ni du désintérêt ni du snobisme. Ségolène Royal ne voulait tout simplement pas que sa présence puisse être instrumentalisée par la direction du PS pour dénigrer le travail de son courant.

Erreur ? Avec le recul dont on dispose aujourd’hui, assurément. Mais, à la décharge de Ségolène Royal, était-il seulement possible d’anticiper à l’époque la profonde déloyauté de Vincent Peillon ? Difficile de répondre avec certitude.

Il ne faut pas oublier non plus que le livre des journalistes André et Rissouli mettant au jour le système de fraudes massives lors du vote du 20 novembre 2008 n’était pas encore paru.

C’était aussi le temps où les médias et les militants socialistes se surprenaient à croire à une réconciliation possible entre Martine Aubry et Ségolène Royal.

Depuis lors, de l’eau a coulé sous les ponts et la prudence de Ségolène Royal s’est malheureusement retournée contre elle.

La réconciliation avec Aubry s’est avérée impossible suite aux révélations du livre des deux journalistes.

Ambitieux, Peillon l’a ensuite trahie en se laissant déborder par une haine qu’il avait soigneusement contenue tout au long de ces derniers mois.

Quant à François Rebsamen, celui-ci, fidèle à sa stratégie, s’est contenté de souffler sur les braises, laissant entendre plus ou moins clairement qu’il avait invité à Dijon la dame du Poitou et que cette dernière avait naturellement vocation à assister aux débats du courant « L’Espoir à Gauche ».

Pour l’instant, Ségolène Royal apparaît comme la partie faible. Mais cette faiblesse ne durera qu’un temps ; et elle pourrait même s’avérer une force à plus ou moins court terme.

Les attaques dont elle fait actuellement l’objet cesseront lorsque Peillon aura maille à partir avec Hollande et, plus généralement, lorsque tous les autres leaders socialistes, ou qui se pensent comme tels, seront trop occupés à se tirer dessus les uns les autres, primaires obligent.

Ségolène n’a donc pas vraiment de souci à se faire, car le concert de faux culs, qui a habitué jusqu’à présent l’opinion publique à des symphonies anti-Royal, va très rapidement révéler des dissonances le rendant proprement inaudible.

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12 commentaires

  1. asse42 dit :

    C’est un excellent billet dont je partage l’esprit. Je ne suis pas allé aussi loin que toi dans l’analyse mais elle me semble tout à fait judicieuse. Rebsamen roule pour Hollande on le sait. Et Hollande aura besoin de troupe. On épure les DA d’EAG car ils sont d’incorrigibles ségolènistes pour le rendre présentable à Hollande. Bien vu.

  2. henri des iles dit :

    Je suis ségoléniste depuis la campagne de 2007. J’avoue ne pas comprendre la stratégie de Rebsamem que je croyais proche de Ségolène Royal. Fin politique, il sait trés bien que les militants d’EAG sont pro-ségolène . Comment espère t-il obtenir d’eux qu’ils soutiennent Hollande, celui qui a fait trébucher Ségolène à la présidentielle de 2007 et à Reims?

    Je crois plutôt qu’ils espèrent neutraliser les militants d’EAG en créant les conditions pour que Ségolène Royal ne puisse pas participer aux primaires à venir.

  3. estelle92 dit :

    Donc, « dépouiller » Ségolène au profit de Hollande pour qu’il ait des troupes le moment venu (et parallèlement qu’elle ne puisse donc pas se présenter aux primaires) ?
    C’est du billard à 13 bandes, ça ! C’est vrai que c’est bien dans la manière de Hollande…
    J’avoue que ça ne m’avait pas effleuré l’esprit…Je voyais plutôt une OPA destinée à faire de Peillon le premier secrétaire du prochain congrès, avec donc des possibilités de manoeuvre pour 2017 pour son propre compte.
    De toutes les façons, Royal s’est fait avoir en beauté !!!
    Je suis curieuse de voir comment elle va s’en sortir.
    Reste que c’est très malhonnête de nous avoir tous instrumentalisés (nous EAG) pour lancer un « machin » qui ne peut que déplaire à Solférino (sauf si ça permet au passage de liquider une bonne fois pour toutes la « sorcière » comme dirait Dagrouik).
    Mais quid de la haine de Peillon ? Pourquoi ? C’est elle qui l’a fait sortir de l’ombre…

  4. G. dit :

    Je suis d’accord avec Asse42. Les militants, ce n’est pas le but de l’opération. Ces derniers vont et viennent. Les pro-Royal se replieront sur DA qui, à mon avis, sera irrémédiablement amené à se transformer en courant du PS, dans la perspective des prochaines primaires.

    L’objectif, ce sont les cadres d’EAG, c’est la structure et le changement de nom (le Rassemblement social, écologique et démocrate).

    D’où « l’épuration » ou les tentatives d’épuration que certains ont déjà signalées sur leur blog (cf. lire par exemple dans le Val d’Oise http://kamizole.blog.lemonde.fr/).

    François Hollande a été dix ans premier secrétaire du PS (seul Mitterrand a fait, il me semble, un peu mieux que lui, à quelques mois près). Quoi que l’on pense de lui, ce n’est donc pas le demi-débile tel que Les Guignols de l’Info le caricaturent (image qui jusqu’à présent lui a bien servi).

    C’est un homme d’appareil chevronné car, pour rester 10 ans à la tête du PS, et avoir traversé le 21 avril 2002, les divergences nées du TCE en 2005 et des Primaires 2006, il faut nécessairement avoir un sens stratégique particulièrement développé.

    Il lui manque maintenant une structure capable de porter sa candidature en la faisant passer :

    1) pour celle de l’opposition à la direction actuelle du PS ;

    2) pour celle qui est susceptible, en 2012, de rassembler les socialistes en proposant une alternative à Ségolène Royal dont beaucoup ne veulent pas.

    Hollande sait qu’il n’est pas attaquable par les cadres du PS et les Eléphants qui, en raison de son long mandat, à la tête du PS ne peut évidemment pas faire l’objet d’un procès en illégitimité.

    Il peut également attirer des militants qui considèrent, à tort ou à raison, que Royal ne pourra pas faire gagner la gauche aux prochaines présidentielles.

    En d’autres termes, Hollande va se poser en recours, en plus petit dénominateur commun.

    Qu’est-ce qui pourrait briser cette stratégie ? Les ambitions personnelles des uns et des autres car les challengers ne manquent pas. Fabius n’a pas encore renoncé à jouer le premier rôle. Peut-être est-ce le cas de DSK ? Montebourg ? Valls ? On verra…

    Ce qui peut « sauver » Royal, c’est :

    1) que la cacophonie perdure au PS et que les luttes fratricides s’amplifient ;
    2) et que le PS essuie un gadin électoral aux régionales à l’image des dernières élections européennes ;
    3) qu’elle soit réélue en Poitou Charentes ;
    4) qu’elle se tienne à distance raisonnable (je dis bien « raisonnable ») du marigot de Solférino et qu’elle continue à travailler son programme comme si de rien n’était.

    Il faut donc qu’elle soigne sa différence pour avoir des choses neuves à proposer qui contrastent avec la bouillie réchauffée que les autres candidats socialistes aux primaires ne manqueront pas de resservir.

  5. Djoul dit :

    La candidature Hollande derrière tout ça, très intéressant. D’autant que ce monsieur connaît bien Peillon pour l’avoir qualifié de « serpent » qui trahira Ségolène Royal.
    Je suis bien d’accord que la présidente de la région est aussi une pro de la politique et qu’elle saura comment rebondir le moment venu. On a pas fini d’entendre parler d’elle.

  6. la fourmi rouge dit :

    Excellentissime Gabale

  7. Allobroge dit :

    Que redire de plus ? Que rajouter à cette analyse ?
    Rien sinon que tout va se préciser après les régionales et un tour de france de Ségolène Royal sur le terrain dans les fédés.

    Wait and see

  8. Blaizot (Mario) dit :

    Un exposé de grande qualité, qui retrace les péripéties d’une politique byzantine telle qu’on voudrait l’oublier. Et ses gens nous présentent S.Royal comme ambitieuse et avide de pouvoir ? … mais c’est à « se tapper le cul par terre ».
    S.Royal veut redonner des lettres de noblesse à la politique, la politique au sens étymologique du terme : ce qui est au service du peuple !
    Elle a ouvert une voie, en l’accompagnant et en la soutenant nous avons ouvert des portes vers la liberté,… laisserons nous ces portes se refermer et en cela même tuer l’espoir de tout un peuple ? Nous n’en n’avons pas le droit…. beaucoup d’entre nous sont des retraités, beaucoup d’entre nous avons un passé d’idéal de justice et de liberté ( beaucoup d’anciens soixante-huitars), donc on ne peut pas faire pression sur nous par du chantage au « Poste » ou à l’avantage en nature quel qu’il soit ! C’est notre force.
    Cette force nous devons la mettre au service de notre idéal politique, ce sera peut-être le meilleur héritage à léguer à nos enfants.
    Mais contrairement à ce qu’on veut nous faire avaler, S.Royal n’est pas un  » perdreau de l’année » et si nous l’épaulons envers et contre tout ( et tous) elle est en mesure de gagner !… NOUS sommes en mesure de gagner….. et comme le dit Djoul, on n’a pas fini de parler d’elle !

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